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Harry Kane à l'échauffement, le 12 février 2018 à Turin.
© Michael Regan/Getty Images

Football

Harry Kane, l'Angleterre en rêvait

Inarrêtable en Premier League, l'attaquant de Tottenham n'a pas encore la même réussite au niveau international. Le huitième de finale retour de Ligue des Champions contre la Juventus lui offre l'occasion idéale de s'affirmer

Double finaliste de la Ligue des champions ces trois dernières saisons (2015 et 2017), la Juventus de Turin sera en danger mercredi soir à Londres. Tenus en échec 2-2 au match aller, les Bianconeri devront sans doute gagner à Wembley contre Tottenham pour se qualifier. S’ils sont capables de marquer sans s’exposer plus que nécessaire, ils devront contenir Harry Kane. Pas moins que le meilleur attaquant à l’heure actuelle.

Déjà buteur à Turin, le numéro 10 des Spurs connaît depuis trois saisons une progression linéaire: meilleur buteur de son club, meilleur buteur du championnat, puis meilleur buteur d’Europe. Il a parallèlement été désigné meilleur joueur de Premier League et capitaine de l’équipe d’Angleterre.

56 buts en 52 matches

En octobre dernier, son lointain prédécesseur Gary Lineker, devenu la référence des football pundits outre-Manche, avait créé une polémique en estimant Karim Benzema légèrement overrated et en tous les cas largement inférieur à Kane. Quelques tweets avaient réveillé les susceptibilités et quasiment ranimé la guerre anglo-espagnole. Le fait est que cinq mois plus tard, les chiffres ont donné raison à Lineker.

Harry Kane a bouclé 2017 avec le titre de meilleur buteur des championnats européens sur l’année civile (56 buts en 52 matches). Il en a inscrit 39 en Premier League, trois de plus que le vieux record d’Alan Shearer avec Blackburn en 1995. Ça ne vaut pas un trophée mais finir devant Lionel Messi (54 buts sur l’année 2017), qui n’avait été devancé depuis 2010 que par Cristiano Ronaldo, signifie tout de même quelque chose. D’autant que Kane n’a pas faibli et s’affiche également comme le meilleur buteur sur la saison en cours, aussi bien au nombre de buts marqués (35 buts; Immobile, Cavani, Salah et Messi 32) qu’à la moyenne de but par match (0,95 but par match, Cristiano Ronaldo 0,94, Neymar 0,93).

Des grands buteurs actuels, et en attendant l’émergence définitive du phénomène Mbappé, Harry Kane (24 ans) est très nettement le plus jeune: Cristiano Ronaldo a 33 ans, Edinson Cavani et Luis Suarez 31, Lionel Messi et Gonzalo Higuain 30, Robert Lewandowski et Sergio Agüero 29, Ciro Immobile 28.

Sang-froid absolu

Pour la première fois depuis très longtemps, les Anglais tiennent un joueur de top niveau mondial. «Bien sûr, Messi et Ronaldo sont à part, mais aujourd’hui, en matière d’attaquants dans le monde, de vrais attaquants, qui est meilleur que lui?» demande son entraîneur, l’Argentin Mauricio Pochettino. Réponse: pas grand monde.

Sur un terrain, Harry Kane rappelle Ryan Gosling dans Drive. Calme, presque mutique et d’une remarquable économie de gestes. Mais précision clinique et sang-froid absolu. Son dernier but de l’année 2017, le 26 décembre contre Southampton, en atteste. Sur une contre-attaque, il fait un appel plein axe, auquel répond immédiatement une passe appuyée ras de terre de Dele Alli. Lancé à toute vitesse, Kane jette un coup d’œil derrière son épaule gauche pour juger de la situation mais laisse la balle le dépasser sur son côté droit, faisant écran avec son corps au retour du latéral Stephens.

Entré dans la surface, il ralentit sa course et se déporte légèrement sur la droite cette fois, bloquant le tacle du Japonais Yoshida. Il pourrait tirer du gauche, mais il attend. Une foulée de plus. Juste assez pour que le gardien Forster, obligé de reculer pour boucher son angle, soit sur les talons. Harry Kane a donc parcouru vingt mètres, perforé une ligne de quatre défenseurs, éliminé deux adversaires et déséquilibré le gardien adverse sans toucher la balle. Un petit ballon piqué clôt l’affaire. Une pure merveille.

Style passe-partout

En décembre dernier, Harry Kane n’a pourtant été classé que dixième par le jury du Ballon d’or, alors que l’espoir Kylian Mbappé était septième. Selon le Daily Mail, il est encore plus loin au classement des salaires de la Premier League: 35e, avec un salaire hebdomadaire inférieur à ceux de joueurs tels que Lukaku, Ibrahimovic, Benteke, Lacazette, Morata ou le vétéran Rooney.

Des petites choses qui montrent que Harry Kane n’a pas encore obtenu tout le crédit qu’il mérite. Cela tient sans doute à son palmarès vierge mais aussi à sa personnalité et à son parcours. Rejeté à Arsenal, arrivé à Tottenham à 11 ans, plusieurs fois prêté avant de s’imposer, il n’a jamais été le grand espoir ni le gros transfert. Son physique un peu raide à la James Stewart, sa voix nasillarde et son style passe-partout (il n’a pas de tatouage et une coupe de cheveux très classique) le desservent sans doute.

Tarif: 350 millions

A l’Euro, Kane n’avait pas brillé (quatre matches, trois titularisations, aucun but). Mais il avait deux ans de moins. Réussirait-il à l’étranger? C’est souvent la grande question pour les buteurs anglais. Pour un John Charles à la Juventus ou un Gary Lineker au Barça, combien de déceptions, de Ian Rush à la Juve à Michael Owen au Real Madrid en passant par Mark Hateley et Joe Jordan à l’AC Milan, Clive Allen à Bordeaux, Trevor Francis à la Sampdoria, Mark Hughes au Barça et au Bayern? Il en est resté sur le Continent une réticence à s’enflammer.

Le président de Tottenham, Daniel Levy, vient pourtant de fixer le tarif pour un transfert cet été à 350 millions d’euros. Le Real Madrid réfléchit, y compris à rendre Gareth Bale pour alléger l’addition. Mais si ce soir Harry Kane réussissait l’examen de passage que constitue toujours pour un attaquant un match contre la Juve, beaucoup de doutes et quelques options seraient sans doute levés.

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