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A Genève, une étude révèle que 70% des subventions allouées au sport sont de fait utilisées par des hommes. La Ville veut mettre en place des mesures pour permettre aux femmes d'avoir plus facilement accès à tous types de pratiques sportives

Les stades ont-ils un sexe? Il semble que oui. A Genève, ce sont essentiellement les hommes qui profitent des installations sportives. Cela semble évident, naturel, presque normal. Mais lorsque l’on établit que 70% des subventions de la Ville pour le sport (5,6 millions de francs par an) sont utilisées par des hommes, alors cela devient une question politique.

C’est le principal enseignement d’une enquête révélée mardi sur la pratique sportive des femmes à Genève. Ce travail, mené depuis janvier 2016 par le géographe français Yves Raibaud, spécialiste de la question du genre dans l’espace public, a notamment permis d’interroger 1600 femmes par questionnaire. Sportives dans 84% des cas, elles consacrent à peu près le même temps au sport que les hommes mais en activité libre (course, vélo, natation) ou dans des structures privées (fitness, yoga).

Projet pilote de halte-garderie

Les hommes sont très largement surreprésentés dans les clubs ou associations qui reçoivent des subventions. L’offre d’activités connotées «sport pour hommes» est trois à dix fois supérieure à l’offre d’activités connotées «sport de femmes».

L’étude établit également que 75% des femmes disent avoir dû réduire ou suspendre leurs activités sportives, le plus souvent entre 26 et 45 ans, pour des raisons d’abord familiales (41,2% des cas), mais aussi professionnelles (18,5%), par manque de temps (10,8%) ou en raison de problèmes de santé (10,1%). Ce constat n’est pas que genevois. Yves Raibaud a observé les mêmes déséquilibres dans d’autres villes, notamment en France.

«On parle volontiers de «Sport pour tous» mais la réalité est une représentation très masculine du sport», constate Sandrine Salerno, conseillère administrative en charge des finances. Pas question de rester sans réagir, alors que Genève «mène depuis dix ans une politique globale pour lutter contre les discriminations, les préjugés et les stéréotypes.» En 2014, la Ville a ainsi mis sur pied une série d’actions de sensibilisation à l’égalité et au respect de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre dans le sport.

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L’échec du skatepark

La Ville souhaite également lancer rapidement un projet pilote de halte-garderie au Centre sportif du Bout-du-Monde. «Si ça marche, nous pourrons l’étendre à d’autres infrastructures», espère Sami Kanaan, conseiller administratif responsable des sports.

En théorie, tous les sports sont ouverts à tous. En pratique, la réalité est bien différente. Et une politique de mise à disposition d’équipements sportifs ne suffit pas. Le meilleur exemple (ou le pire) est donné par le skatepark de Plainpalais, inauguré en 2012 pour un coût de 2 millions de francs. S’il ne désemplit pas, l’endroit est devenu un lieu mal famé, presque exclusivement masculin et sous la coupe des dealers à la nuit tombée. Un désastre urbanistique.

«Nous allons faire venir des championnes zurichoises et lausannoises pour encourager les jeunes filles à s’approprier le skatepark, annonce Esther Alder, la conseillère administrative en charge de la cohésion sociale. Etudiée, la solution d’une plage horaire réservée aux femmes n’a pas été retenue. «Les filles souhaitent la mixité», dit l’élue.

Jogging accompagné

D’autres initiatives ont été plus heureuses, même si leur succès témoigne d’un réel problème. Les joggings collectifs accompagnés lancés cet été ont attiré un grand nombre de coureuses, malgré l’heure matinale (6h). «Les femmes ont pu investir l’espace public dans leur pratique sportive sans encourir les désagréments de la rue comme le harcèlement ou le sentiment d’insécurité», se réjouit Sami Kanaan. La cheffe du service des sports, Sybille Bonvin, reconnaît qu’à la nuit tombée, «certains quartiers, comme la Queue-d’Arve, sont désertés par les Genevoises.»

Sami Kanaan souligne enfin que «la pratique sportive croît fortement et évolue rapidement», vers une pratique toujours plus libre et individuelle. Elle pose un défi à ceux qui organisent le sport.» Si les politiques devront gérer la saturation programmée des équipements et arbitrer une répartition plus égalitaire des budgets, ce sont les bénévoles, ceux qui œuvrent au quotidien dans les clubs ou les associations, qui devront accompagner le changement des mentalités.

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