Athlétisme

Haut perchées sous le soleil du Flon

En guise d’ouverture de l’événement, Athletissima délocalise le saut à la perche féminin dans le quartier branché de Lausanne. Une idée originale qui a ébloui le public. Et les athlètes

 

Luzinate pousse un cri de déception. Elle venait de déployer son éventail et l’actionnait frénétiquement. «J’arrive à prédire quand elles ne passeront pas le saut! Je le vois en avance!» s’exclame-t-elle. Cette Brésilienne adore le sport, le football surtout. Le saut à la perche aussi, d’ailleurs. Sur l’esplanade du Flon, l’enthousiasme s’est emparé de la foule. Il est 19h45. L’épreuve féminine de saut à la perche qu’Athletissima a organisée en pleine ville la veille du jour J a commencé depuis une heure et quart.

On prédisait des conditions plutôt bonnes. Le tartan déployé pour l’occasion a été testé et les concurrentes ont approuvé sa qualité. Réponse adéquate à leur foulée, longueur de 40 mètres – le minimum imposé pour des compétitions internationales – idéale, il s’apparente presque à celui auquel elles sont habituées en plein stade. La piste aurait même été installée dans un sens favorable par rapport au vent.

Dépaysement 
hors du stade

Pour sa 42e édition, la grand-messe de l’athlétisme vaudois a délocalisé cette épreuve dans les rues lausannoises. L’an dernier, au bord du lac à Ouchy, c’était aux perchistes masculins d’affronter un sentiment de dépaysement hors du stade. Et, selon les organisateurs, autant les athlètes que le public apprécient l’expérience. «La proximité entre les deux offre une dynamique très appréciée des perchistes», assure Dominique Gobat, responsable de la communication.

Les Suissesses Nicole Büchler, 35 ans, et Angelica Moser, 21 ans, ont ouvert la compétition avec une barre à 4,22 mètres. Comme les huit autres concurrentes qui ont chacune choisi leur hauteur de barre pour entrer en lice, elles ont trois essais pour valider une hauteur. La première est éliminée à 4,47 mètres. La deuxième 10 centimètres plus haut. «Il faut du rythme, ne pas monter trop tôt», déclare le commentateur.

Energie accumulée

Puisque l’événement est destiné à être plus visible et accessible aux yeux du grand public, les présentateurs en dévoilent les subtilités. L’efficacité d’un saut à la perche ne dépend pas de la taille de cette dernière. Non, c’est l’énergie accumulée dans la course qui, répercutée dans la perche, permettra aux athlètes de s’élever suffisamment haut pour franchir la barre. En bref, au-delà d’assister à une épreuve sportive, le public lausannois est témoin d’une démonstration de physique.

Ce sont donc des formules apprises et retenues au cours de sa scolarité qu’il se devrait d’appliquer pour comprendre les forces mobilisées. Selon ces calculs, une athlète d’un poids de 60 kg qui adopte une vitesse de course de 10 mètres par seconde devrait pouvoir atteindre une hauteur de 5,10 mètres.

Le challenge consiste à ne pas perdre d’énergie dans l’exercice et à maîtriser la synchronicité des gestes ainsi que l’enroulement final autour de la barre à l’issue de l’envol. Tout ça est bien connu des dix concurrentes. Elles savent aussi que les performances féminines mondiales s’approchent de très près de la théorie: la Russe Yelena Isinbayeva, qui pèse 65 kilos, détient pour l’heure le record du monde en extérieur avec un franchissement de barre posée à 5,06 mètres.

A chacune son envol

La recordman n’avait sans doute pas le soleil dans les yeux comme les perchistes des rues lausannoises. Le public lui-même à du mal à suivre leur envol tant il est placé en plein centre d’un rayon lumineux. C’est donc sur l’aire de départ que les regards convergent plus confortablement. Chaque concurrente attaque son saut de façon différente, choisit une longueur et une rigidité de perche adéquate et chacune dévoile ses préférences en matière de magnésie ou de «Klister Spray». «C’est impressionnant, elles calculent tout», susurre un spectateur admiratif.

Le soleil s’est éteint pour laisser les finalistes tenter de passer des hauteurs supérieures. Favorite, la Grecque Katerina Stefanidi est éliminée à 4,57 mètres. C’est l’Américaine Katie Nageotte qui remporte l’épreuve ensoleillée en étant la seule à franchir les 4,82 mètres. La Russe Anzhelika Sidorova, qui participe à l’événement sous un drapeau neutre, et Holy Bradshaw, distinguée par sa vitesse et sa puissance, prennent toutes deux les places du podium suivantes. Alors qu’elles gravissent les marches 
de cette victoire, Nicole Büchler, dans l’ombre, sourit, mais hoche encore la tête. Du rythme. Il faut du rythme.

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