Voilà le HC Ajoie à soixante minutes d’un nouvel exploit. Après sa victoire lundi à la Swiss Arena de Kloten, la première à l’extérieur depuis le début de la série, le club jurassien mène 3-2 dans la finale des play-off de Swiss League. Il n’a plus besoin que d’une victoire pour remporter le titre. Et pour accéder à l’élite?

Minute. Il n’est pas sûr qu’il accepte sa promotion.

Fin novembre 2020, le président, Patrick Hauert, déclarait encore son intention de ne pas la refuser si elle devait être obtenue sur la glace. A la mi-mars, alors que les play-off débutaient, son message est devenu plus prudent au micro de Radio Fréquence Jura: «Le cas échéant, il faudra faire le point. Ce n’est pas simple de prendre cette décision.»

A-t-elle seulement été arrêtée alors que le HCA s’apprête à «servir pour le match» face à Kloten? Sans doute. C’est en tout cas une exigence du règlement. Mais le club n’a pas souhaité commenter, ce mardi, et ses responsables n’étaient pas disponibles pour des interviews avant l’acte VI de la finale, ce mercredi à 19h45 à Porrentruy.

Lire aussi:  «Une nouvelle patinoire attire un nouveau public»

La situation est inconfortable. En début de saison, aucun doute: le HC Ajoie était disposé à monter. Il a accompli toutes les formalités administratives nécessaires, fournissant notamment à la Ligue un budget prévisionnel de 7 millions de francs pour l’exercice 2021-2022, contre 3,5 pour la saison actuelle. Problème: les dirigeants n’avaient pas anticipé la profondeur et la durée de la crise. Ils escomptaient de belles recettes tant en matière de sponsoring que de billetterie et de buvettes. Perspectives annihilées par l’interdiction du public, qui s’étire depuis bientôt six mois.

Ce n’est pas l’envie qui manque

Bien sûr, les portes de la National League sont grandes ouvertes. En raison de la crise actuelle, il a été décidé de longue date qu’aucune équipe n’en serait reléguée mais que le champion de deuxième division pourrait néanmoins y accéder sans avoir à passer par la délicate case barrages – une aubaine.

Evidemment, le HCA trépigne de se frotter aux meilleures équipes du pays. Voilà plusieurs années que ses hockeyeurs épatent en championnat comme en Coupe de Suisse, avec des succès retentissants contre des adversaires plus cotés, une demi-finale en 2018 et surtout un sacre en 2020 contre le HC Davos.

Certes, la situation a bien changé depuis 2016 et le premier titre de champion de Swiss League du club jurassien. Faute d’une enceinte moderne susceptible de catalyser de nouveaux revenus, il n’avait alors même pas entrepris les démarches en vue d’une ascension. Aujourd’hui, il dispose d’un outil moderne et fonctionnel depuis la rénovation de la mythique patinoire du Voyebœuf (devenue Raiffeisen Arena).

La «folie des grandeurs»

Mais le HC Ajoie conserve aussi dans ses archives des raisons de ne pas se précipiter tête baissée dans l’élite, où il a déjà évolué deux fois, de 1988 à 1990, puis lors de la saison 1992-1993. Une phase qualifiée de «folie des grandeurs» par le fondateur Charly Corbat (dans l’ouvrage HC Ajoie. Une histoire sportive, économique et politique d’un club jurassien 1973-2020) précipite alors le club dans une période très délicate sur le plan financier, qui aura de lourdes conséquences sportives. Promu en Ligue nationale A au printemps 1992, le club connaît trois relégations entre 1993 et 1999, jusqu’à se retrouver en 1re ligue dix ans après s’en être extrait.

Une interview des auteurs:  «Le HC Ajoie renforce le mythe jurassien»

Aujourd’hui? Les comptes sont aussi équilibrés que la pandémie le permet. Les résultats sportifs sont bons. Et en tenant tête à plus riche que lui, comme il le fait encore ces jours contre Kloten, le HC Ajoie s’est imposé comme le symbole d’un Jura capable de dépasser son statut de cadet des cantons suisses. Pour être entré au comité à une époque où il s’agissait d’éponger les dettes, de donner des gages aux collectivités locales, de regagner la confiance du public et de gratter tous les soutiens financiers possibles, le président, Patrick Hauert, doit parfaitement mesurer le chemin parcouru. Et le risque d’une ascension mal assurée.