Dans une Tissot Arena pleine comme un œuf de Pâques (6521 spectateurs), le HC Bienne a lancé mardi sa demi-finale comme un vieux routinier des play-off, étrillant le HC Lugano 7-3. Une autorité trompeuse: le plus bilingue des clubs de Suisse figure dans le dernier carré de National League (première division) pour la première fois depuis 1990.

A l’époque, les Seelandais sortent d’une période faste de quinze ans qui les a vus rafler trois titres de champion de Suisse (1978, 1981 et 1983). Mais ils vont ensuite connaître une très longue traversée du désert: les dettes se creusent, le club est relégué en LNB en 1995. Il ne regagne l’élite que treize ans plus tard, en 2008.

Depuis, il n’a toujours pas retrouvé son lustre d’antan: il a certes participé quatre fois aux play-off avant cette année (élimination en quarts de finale à chaque fois), mais a aussi souvent terminé cancre de la ligue. Il y a encore deux ans, il avait échappé au barrage de promotion-relégation uniquement parce qu’Ajoie, champion de LNB, n’avait pas reçu sa licence pour la LNA.

Acte II ce jeudi

Mais cette saison, les Seelandais sont de retour à la fête. La phalange du coach finlandais Antti Törmänen a bouclé la saison régulière à un inattendu troisième rang, avant d’éliminer Davos en quarts de finale des play-off.

Malgré ces performances historiques, le capitaine Mathieu Tschantré et Marco Pedretti, contactés par téléphone mercredi juste avant de prendre la route du Tessin, sont loin de céder à l’euphorie. «Hier après la victoire face à Lugano, on a fait les cons pendant dix minutes, et ensuite c’est redevenu calme», rapporte le premier. L’acte II de la série, qui a lieu ce jeudi à Lugano (20h15), occupe presque entièrement leurs esprits. «Ne pas céder aux provocations adverses», «bien gérer les situations spéciales», «respecter le plan de match» et «museler les individualités adverses» sont autant d’obsessions pour les deux ailiers.

«Une certaine euphorie»

Mathieu Tschantré (33 ans), emblème vivant d’un club où il évolue depuis 2002, n’a pas ressassé les galères passées pour motiver les troupes: «La fin de saison, ce sera bien assez tôt pour parler d’histoire.» Il refuse aussi de se projeter vers une éventuelle finale, et garde les pieds bien campés sur la terre ferme: «Le club a progressé à tous les niveaux, sportif et extra-sportif, mais notre budget reste l’un des plus bas de la ligue. Il faut donc profiter à fond d’être là où nous sommes aujourd’hui.»

Marco Pedretti (26 ans) se montre un poil plus perméable au contexte: «On sent que l’engouement est plus grand que d’habitude autour de l’équipe, qu’il y a une certaine euphorie chez les supporters. Il faut savoir capter toute cette énergie positive, tout en restant concentré sur notre hockey.»

Consentant un léger blasphème à la sacro-sainte nécessité de ne pas se dissiper, le Jurassien acceptait le jeu des hypothèses. «Pour véritablement écrire l’histoire, je pense qu’il faut qu’on aille encore un peu plus loin.» En finale par exemple, où un derby bouillant face au CP Berne pourrait attendre le HC Bienne? «Il ne faut pas trop y penser, mais dans un coin de notre tête, on est bien conscients d’être à sept victoires du titre de champion de Suisse…»