Le bureau d'architectes Philippe Langel SA a passé son été à échafauder les principes du HC La Chaux-de-Fonds. Aujourd'hui, la prospérité du club s'achète sur une plate-forme VIP: 240 m2 arrosés de coquetterie protocolaire, là-haut sur la montagne. «Le but de la loge VIP est d'ouvrir une lucarne sur les décideurs de la région», synthétise Rodolphe Cattin, patron du groupe horloger du même nom et vice-président du HCC. Flanqué au virage nord, l'ensemble a coûté 660000 francs. Les abonnements (60 places à 10 000 francs la saison) et, qui sait, quelques fréquentations bien choisies devraient en venir à bout, d'ici à deux ans. L'EHC Bienne flatte bien la providence depuis cinq saisons avec une loge surchargée.

A l'étage inférieur, le club chaux-de-fonnier vend du hockey AOC. «On retrouve sur la glace le côté «montagnon-sauvage» de la population locale. Les gars, c'est des crocheurs. Franchement, c'est le top en Ligue nationale B», lance Vincent Costet, la «voix» du HCC à la radio locale. Samedi soir, le détachement chaux-de-fonnier, camionné par Dominic Forget (4 points), a laborieusement renvoyé la rivalité cantonale au pied des montagnes (4-3 face à Neuchâtel Young Sprinters) avant que le Teletext ne relativise l'embarras, page 243: vautré dans ses certitudes, le HC La Chaux-de-Fonds sauvegarde une avance de 7 points sur l'anonymat.

Deux ans plus tôt, le club brocantait son stock d'individualités (ndlr: 700 000 francs de dette cumulée à la fin de l'exercice 06/07) et transférait deux joueurs à la justice, inculpés de «viol, contrainte sexuelle, tentative de viol et actes sur mineurs commis en commun.» Une sale époque, «une équipe bout de bois» et «six joueurs, seulement, sous contrat», retrace Rodolphe Cattin. «On était sur un radeau, et on pagayait...»

Depuis, les dirigeants ont bâti une «task force», sauvegardé le patrimoine (ndlr: 6 titres de champion entre 1968 à 1973), livré l'équipe à un ancien chômeur (Gary Sheehan) et bricolé un collectif autour d'un intérimaire en surpoids (Laurent Emery) et d'un impénitent (Valery Chiriaev). «On a tout reconstruit, complètement», s'enorgueillit aujourd'hui Sheehan. Malgré un pouvoir d'achat arrondi cette saison (ndlr: 2,3 millions de budget), le club est toujours voué à l'inventivité de son entraîneur: l'an passé, Roman Schild collectionnait cahin-caha 18 points en saison régulière avec Ajoie, relégué au second bloc. L'entraîneur chaux-de-fonnier a déboursé 10 000 francs cet été et précipité l'impétrant au front. L'innovation lui a déjà valu 27 points... «Je me suis dit qu'au sein du premier bloc, il ferait parfaitement l'affaire chez nous.»

Avant de matraquer la concurrence, les patineurs turbinent chez les sponsors. A l'époque aux services communaux, aujourd'hui chez Concierge Services (Evgueni Chiriaev), ou VAC (Alexis Vacheron). A 80 ou 100%. «Et c'est pas des manches, ils font pas semblant», lâche Nicolas Marmagne, membre du conseil d'administration. «Il n'y a rien de superficiel là, on est dans le plus que vrai», persiste Rodolphe Cattin. Emploi du temps adapté à l'excellence et sortie de bureau récréative. «On croise parfois les joueurs dans les troquets du coin», cafarde un leveur de coude. «Il fut un temps où Paul-André Cadieux débarquait au Dublin's Old Irish Pub pour chercher ses joueurs...», rapporte la cantonade. En amont, Gary Sheehan cautionne la camaraderie. A peine «une petite gueulée, de temps en temps», histoire de «capter» l'auditoire. «Dictateur, sérieusement, ça veut dire quoi?»

La direction s'enquiert désormais du statut à donner au club. Les dernières années ont offert au club les joies de la promotion, portée en 2000 par des épaules de fleuristes et les formules incantatoires du manager Jean-Claude Wyssmuller: «Quitte à avoir des difficultés, autant les avoir en Ligue nationale A...»

Les difficultés devaient s'enterrer en Ecosse. Le fossoyeur avait un nom - le Britannique Tom Stewart -, un projet - un complexe de loisirs multifonctionnel devisé à plus de 80 millions de francs au Crêt-du-Locle - et deux architectes. Les promesses, depuis, se sont noyées dans la Manche. «Il a disparu de la circulation. Il est mort?» s'est récemment préoccupé un dirigeant.

Reste qu'à «moyen terme, l'objectif est de monter», selon Rodolphe Cattin. «Nous avons de la crédibilité, des sponsors, un public fidèle et un entraîneur que nous laissons travailler. Le problème, lors des dernières promotions, a été le manque de planification. On a été pris dans la tourmente, c'était de la folie pure. Mais aujourd'hui, le club s'est professionnalisé.»

Le capital-actions a été aiguisé - 400 000 francs contre 250 000 l'an passé - et le conseil d'administration a recruté un avocat en défense et un banquier en attaque. «L'horlogerie haut de gamme enregistre une forte croissance, tandis que le tissu économique se diversifie, grâce notamment à la nanotechnologie et au secteur médical», fait savoir la Ville. «Les bistrots poussent comme des champignons», entonne un trinqueur. La direction pense déjà à un budget de Ligue nationale A pour la saison prochaine, au cas où: «Le HCC est notre bébé et nous allons le faire grandir.» Il montre déjà les dents.