Heinz E. Hunkeler a mené une carrière très internationale dans l’hôtellerie. Après ses études à Lausanne, il a travaillé de Montreux à Paris, d’Interlaken à New York. Mais il avoue toujours avoir eu un peu le mal du pays. «Je savais qu’un jour, je retrouverais mes montagnes», confie-t-il. Aujourd’hui, son souhait est exaucé: il dirige avec son épouse Jenny le Kulm Hotel de Saint-Moritz, qui est à la fois le lieu de naissance du tourisme d’hiver et… le sien, puisque son père était alors à la tête du mythique palace.

Le Temps: Quels souvenirs avez-vous des précédentes éditions des Mondiaux de ski organisés à Saint-Moritz?

Heinz E. Hunkeler: Je suis né au beau milieu des championnats du monde de 1974! Cette année-là, l’équipe de Suisse n’a pas remporté de titre, mais je suis arrivé, peut-être que cela compense (rires)… Comme ce sera le cas cette année, l’hôtel accueillait tous les officiels de la FIS, la fédération internationale de ski. Alors, «FIS» a été mon surnom pendant très longtemps, jusqu’à mes 18 ans sans doute. Certains de mes oncles m’appellent encore comme ça aujourd’hui.

– Et les Mondiaux de 2003?

– J’étais en cours de répétition à l’Armée, à Landquart. Nous nous réjouissions de monter voir les courses et faire la fête, je ne vous explique pas. Et puis nous avons dû venir à Saint-Moritz pour aider à préparer la piste, car il neigeait, mais après cela nous sommes redescendus et avons été enfermés en caserne tout le week-end. C’était le début de la guerre en Irak et toutes les permissions avaient sauté… Je n’ai rien vu des Mondiaux.

– Vous avez grandi dans l’hôtel que vous dirigez aujourd’hui. A quoi ressemble une telle enfance?

– Eh bien, je disposais du plus grand terrain de jeu du monde! J’ai beaucoup joué au football, ici, dans le lobby de l’hôtel, lorsqu’il n’y avait plus de client, ou au tennis dans la piscine une fois qu’elle était vidée. Les parties de cache-cache avec les copains dans un tel bâtiment, c’était aussi quelque chose! Ce que j’appréciais, c’était la saisonnalité des affaires. Nous mangions souvent au restaurant, de très bonnes choses, raffinées, et quand la saison se terminait, nous étions contents de retrouver un cervelas ou d’autres choses simples. J’ai apprécié la jeunesse que j’ai eue ici.

– Les enfants de Saint-Moritz ont-ils conscience de la place de la station dans l’histoire du tourisme d’hiver?

– A l’école, nous sommes sensibilisés très vite au tourisme et aux deux aspects qui font le succès de Saint-Moritz: d’une part le côté chic que les visiteurs attendent et de l’autre la nature qu’ils veulent découvrir, ainsi que les sports qu’ils veulent pratiquer. Tout cela forme l’ADN de la station et chacun en prend conscience dès le plus jeune âge.

– Gérer un établissement aussi mythique que le Kulm, c’est une pression particulière?

– C’est une responsabilité à assumer, bien sûr. Mais il ne faut pas non plus vivre dans le passé, se compliquer la vie avec de telles idées. Nous devons célébrer la grande hôtellerie qui fait la réputation de Saint-Moritz, mais en restant simples.


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