Des quatre demi-finalistes masculins en lice ce samedi après-midi à Wimbledon, seul Tim Henman, le chouchou du public anglais, ne peut encore se prévaloir d'un titre du Grand Chelem. Pete Sampras, son adversaire, Patrick Rafter et André Agassi dans l'autre duel, comptent à eux trois 17 trophées majeurs. Côté féminin, Steffi Graf fait désormais figure de favorite.

Les dieux de Wimbledon étaient avec Pete Sampras, hier vendredi. Peut-être avaient-ils reconnu en lui l'un des leurs. En tout cas, l'Américain, qui court cette année après son sixième titre sur l'herbe du All England Club, avait du mal à réaliser, quelques instants après sa sortie du court, qu'il était encore en course pour le titre. Car il avait décidément bien mal entamé le match des quarts de finale qui l'opposait à Mark Philippoussis sur un court central enfin ensoleillé, après les intempéries des jours précédents. Face au grand Australien qui lui assénait régulièrement des premières balles de service à plus de 200 km/h, le numéro 1 mondial avait bien du mal à répliquer. Ayant concédé son service d'entrée de match, pour avoir commis trois doubles fautes, il n'a pas été en mesure de refaire son retard, malgré trois occasions manquées.

Philippoussis était en forme, et Sampras ne pouvait qu'attendre une ouverture éventuelle pour inverser la tendance. Alors, quand l'Australien, souffrant d'une élongation, a dû abandonner à 2-1 dans la deuxième manche, après avoir empoché la première (6-4), le tenant du titre était quelque peu interloqué. «Il ne fait pas de doute qu'il m'a surclassé dans ce premier set. Je dois avouer que je m'estime assez chanceux d'être encore en course», a déclaré après le match Sampras, qui doit maintenant faire face à un autre défi de taille, en la personne de Tim Henman.

Le Britannique, l'un des plus brillants spécialistes du jeu service-volée, a logiquement dominé l'ancien finaliste qu'est Cédric Pioline (6-4, 6-2, 4-6, 6-3). Henman, dont le look d'éternel étudiant de l'Université d'Oxford, sa ville d'origine, contraste avec ses mimiques de battant sur le court, peut inquiéter l'Américain. Demi-finaliste ici même l'an dernier, il avait alors cédé en quatre manches très disputées, devant ce même Sampras. Et il y a trois semaines, il avait frôlé la victoire en finale du Queens face au numéro 1 mondial, ne cédant qu'au tie-break du set décisif.

C'est dire s'il a un jeu pour gêner l'Américain, avec lequel il se plaît par ailleurs à arpenter les parcours de golf du monde entier. «En golf, Tim est bien meilleur que moi, ça c'est certain», reconnaît bien volontiers Sampras au sujet d'un homme qu'il considère comme l'un de ses rares copains sur le circuit.

Henman, qui est en train de faire rêver l'Angleterre, est le seul «invité» des demi-finales à n'avoir à ce jour jamais remporté un tournoi du Grand Chelem. Outre Sampras et ses 11 titres majeurs, on retrouvera face à face cet après-midi, André Agassi, le récent champion de Roland-Garros, et Patrick Rafter, double tenant du titre à l'US Open.

Même s'il a bénéficié d'un tableau jusqu'ici plutôt clément, André Agassi fait forte impression depuis le début de la quinzaine. Revigoré par sa victoire miracle à Roland-Garros le mois dernier, le chauve Américain est sur un nuage. Libéré de toute pression, il estime n'avoir plus rien à prouver. Pourtant, un deuxième succès à Wimbledon en finale dimanche représenterait bien plus à ses yeux qu'un joli bonus. D'autant qu'un tel exploit ferait d'Agassi le troisième joueur de l'ère Open (depuis 1968) après Rod Laver et Björn Borg, à avoir réussi le doublé Roland-Garros – Wimbledon. Cela, l'intéressé en est conscient.

Opposé au Brésilien Gustavo Kuerten, Agassi s'est poliment occupé de lui faire comprendre que face au relanceur exceptionnel qu'il est, «Guga» n'avait aucune chance. En trois sets rondement menés (6-3, 6-4, 6-4), il a renvoyé au vestiaire le «samba-man» déjà heureux de se retrouver à pareille fête sur gazon. «C'est sûr que je joue mieux qu'en 1992. Mais c'est aussi le cas des autres joueurs», estime Agassi. Son adversaire aujourd'hui, Patrick Rafter a livré une rude bataille sur le court numéro 13 avant de dominer Todd Martin (6-3, 6-7, 7-6, 7-6), l'homme qui avait fait tomber Goran Ivanisevic.

Côté féminin, on aura droit à deux duels entre «ancienne» et «jeunette» ce samedi après-midi. Parmi les «anciennes», Lindsay Davenport, âgée de 23 ans, sait qu'un succès aujourd'hui la propulserait à nouveau au sommet de la hiérarchie féminine, à la place de Martina Hingis. L'herbe n'a jamais été sa surface préférée, mais elle partira tout de même favorite devant la surprenante Alexandra Stevenson, 18 ans, issue des qualifications et victorieuse de Jelena Dokic (6-3, 1-6, 6-3). Celle-ci serait, dit-on, la fille illégitime d'une ancienne légende du basket américain, le «Dr J». En tout cas, elle possède sans doute le plus beau revers du circuit, mais pas l'expérience de son adversaire.

De l'autre côté, Steffi Graf, qui a héroïquement dominé Venus Williams jeudi, partira favorite face à une autre jeune cogneuse, Mirjana Lucic, victorieuse de Nathalie Tauziat (4-6, 6-4, 7-5) et qui, à 17 ans, a presque la moitié de son âge. Les deux anciennes devraient l'emporter.