Il est ici un peu chez lui. Hermann Maier a toujours chéri la versatile piste canadienne de Lake Louise. Une connivence qui avait déjà fait d'elle le théâtre de trois des vingt-trois succès en super-G de ce skieur unique. Et voilà qu'en ce dimanche 30 novembre, à l'aube d'une saison qu'il espère pleine de promesses, l'Autrichien est venu flirter à nouveau avec cette complice. S'offrant le premier super-G de l'hiver. Renouant avec la victoire qui lui avait tourné le dos depuis janvier 2006. Autant dire un bail pour celui qui a longtemps fait des podiums son pain quotidien. Et compte désormais 54 victoires en Coupe du monde.

Il est ici un peu chez lui et c'est comme si c'était écrit que Lake Louise sonnerait comme l'indispensable viatique. Et permettrait à celui qui aura 36 ans dans huit jours de donner encore corps à ses envies éternelles de sommets. De prolonger cette histoire d'amour sans fin entre ce champion d'exception et la compétition.

Sur un tracé assez direct, le double champion olympique de la discipline, malgré des douleurs dorsales, a su tirer et garder des lignes tendues, signant un chrono d'une minute 29 secondes et 84 centièmes, que personne n'est parvenu à améliorer. Bode Miller, plus rapide au premier intermédiaire, a perdu un ski et joué une fois de plus les funambules sur une spatule. Didier Cuche s'est hissé sur la troisième marche du podium, à 68 centièmes.

Pour Maier, cette victoire est d'autant plus savoureuse qu'elle confirme son obstination. A l'heure où certains le voyaient déjà sur le déclin, pour ne pas dire enterré, il a prouvé qu'il ne fallait jamais l'oublier. Que la passion a ses raisons que la raison ignore. Car c'est vraiment l'amour du ski qui guide cet Autrichien hors norme. Qui le pousse lorsqu'une petite voix aurait tendance à lui souffler de raccrocher. Il l'a avoué, cet été, il a hésité. «Quand il fait 30° et que tu dois chausser les skis, ce n'est pas facile. Je me demandais si j'allais encore trouver la force et la motivation pour ces sacrifices. Mais dès la première journée de ski, je me suis senti dans mon élément, j'étais heureux», a-t-il confié à L'Equipe lors de l'ouverture de la saison à Sölden, le mois dernier.

Fort d'un nouvel équipementier - comme Miller et Cuche avant lui, il a quitté Atomic pour Head -, il se surprend lui-même à être encore dans le coup. «Quand je vois qu'à l'entraînement, je tiens le coup face aux jeunes, que je suis même peut-être plus fort qu'eux, ça me motive. De temps à autre, mon insouciance d'adolescent prend le dessus.» S'il a renoncé à briller en géant, lui le champion olympique de Nagano - sa piètre performance à Sölden l'a conforté dans cette idée -, il n'a de toute évidence pas perdu sa verve en super-G, la discipline de son cœur.

Hermann Maier, c'est l'histoire sans fin d'un skieur qui fut d'abord Herminator, dans le rôle du «serial winner», enchaînant les succès de 1997 à 2001. Qui fut ensuite «Resurector», dans le rôle du survivant d'un accident de moto qui faillit lui coûter sa jambe droite, enchaînant encore les succès de 2003 à 2006. C'est désormais Hermann Maier, tout simplement, goûtant aux joies d'une maîtrise et d'une envie sans cesse renouvelées. Le champion est plus zen. Il le dit: «Parce qu'après avoir cherché à gagner tous les week-ends, je suis passé à autre chose. Des trophées, j'en ai plein mes armoires. J'ai compris que la victoire n'était plus un devoir pour moi.» Juste un plaisir.