Trois jours après le drame, l'Autriche est toujours choquée, selon la formule employée par le quotidien populaire Kronen Zeitung. Hermann Maier, le dieu du ski, l'empereur des sportifs, a la jambe droite en compote. Plus rien ne sera comme avant. Depuis vendredi, jour de son accident de moto, ses fans vivent au rythme des «bip» des appareils des soins intensifs de l'hôpital de Strasbourg. Ils ont tremblé d'effroi lorsque les médecins ont envisagé d'amputer cette jambe d'or à laquelle aucune pente n'a résisté et qui a fait le malheur des skieurs du monde entier.

Lundi, les Autrichiens se sont cependant remis à espérer. Certes «Herminator» a été annoncé dans «un état stationnaire» par le professeur Alois Karlbauer, obligé de tenir une conférence de presse pour rassurer la nation. Mais l'ancien maçon a repris courage. Et là est l'essentiel. Les multiples sites Internet ont rivalisé de rapidité pour annoncer la bonne nouvelle. A 14 h 50, tout y était. L'Autriche entière savait qu'il avait reçu la visite de sa maman et qu'il avait travaillé dans ses séances de physiothérapie. Drainage lymphatique, travail de la respiration et exercices musculaires: chez Hermann Maier le courage se mesure à la quantité de travail. La dépression qui a suivi l'accident et l'opération de sept heures subie pour sauver sa jambe appartiennent au passé. «Il pense déjà à l'avenir. Il espère aller mieux bientôt et pour voir à nouveau marcher», a ainsi indiqué son frère Alex.

Il n'en fallait pas plus pour relancer l'espoir. Certes celui qui avait fait de la Coupe du monde, des championnats du monde et des Jeux olympiques ses jardins favoris est dans l'obligation de déclarer forfait pour la saison 2001-2002 qui va débuter prochainement. Certes aussi, les JO de Salt Lake City lui sont d'ores et déjà interdits. Mais il est tellement fort, Hermann Maier, qu'à 28 ans, il peut espérer revenir à la compétition. Son préparateur physique, Heinrich Bergmüller, fait ainsi partie des optimistes: «Il a une telle constitution que revenir à sa meilleure forme ne devrait pas lui poser de problème. Mais il faut qu'il le veuille. Lorsque les médecins lui donneront leur feu vert pour une reprise de l'entraînement, il est possible qu'il récupère sa forme physique en quelques mois.» Le préparateur se souvient sûrement des 12 heures de travail quotidien à laquelle l'homme à la mâchoire carrée se soumettait en période de préparation. Mardi, seul le président de la Fédération autrichienne de ski, Peter Schröcksnadel, semblait vouloir tempérer les ardeurs en affirmant que le «plus important est sa santé et pas le sport.»

Malgré la passion liée à son état de santé, la réputation du héros de la nation n'est pas non plus sortie indemne de l'accident de vendredi. Décortiquée dans ses moindres de détails, la collision entre la voiture allemande conduite par un retraité allemand et la moto du champion montre qu'Hermann Maier est également responsable. Bien sûr, le Munichois a changé de voie au dernier moment, mais le champion, lui, dépassait à 80 km/h une file de voitures roulant à 30. Il n'a pu éviter l'aile de la Mercedes. Bon prince, personne n'envisage cependant de lui demander des comptes pour son imprudence. Il faut dire que les sponsors se rassurent en pensant que les muscles d'Herminator étaient aussi bien assurés que les jambes de Claudia Schiffer.