Sous le titre: «Aimez-les», le quotidien lausannois 24 heures lançait hier, dans un cahier spécial, un appel aux spectateurs: «Vous les verrez passer, ce mardi à travers Lausanne, tous ces champions bouleversés. Applaudissez-les. Continuez surtout de les aimer.» Message reçu cinq sur cinq. C'est ainsi qu'une foule compacte s'est amassée aux abords des routes pour soutenir les anges déchus du Tour de France. Alex Zülle, Laurent Dufaux et Armin Meier, trois coureurs de l'équipe Festina, suspendus de la Grande Boucle pour raison de dopage. De retour mardi dans la cité lausannoise, ils ont été portés aux nues par un public enthousiaste.

Sur les pancartes, on pouvait lire: «Allez Festina» ou «Bienvenue Festina». Pendant toute la course, les trois coureurs ont été ovationnés, applaudis, presque adulés. A la fin du parcours, des inconnus avaient même écrit sur la route, une trentaine de fois, le nom de Dufaux. Aucune marque de mécontentement, aucun sifflement n'est venu ternir le passage des coureurs de Festina. Les spectateurs semblaient prendre une revanche. Laquelle?

Sur les marches du Musée olympique, un couple attend patiemment le départ des coureurs. Avec un air un peu étonné de devoir parler du dopage et de la présence de l'équipe Festina, le mari s'exclame: «Nous sommes venus voir un beau spectacle. C'est tout. On sait qu'ils se dopent tous, mais le sport passe en priorité.»A leur côté, un jeune homme surenchérit: «Moi, je suis venu pour Pantani. Les autres coureurs ne m'intéressent pas. Et encore moins les affaires de dopage». A Lausanne, cette question ne semblait plus être d'actualité.

A l'arrivée, une jeune étudiante de 18 ans a couru derrière Laurent Dufaux avec une pancarte «Bienvenue Festina». Essoufflée, elle explique sa démarche entre deux respirations: «J'aime le vélo. J'ai été surprise que l'équipe Festina ait été exclue du Tour de France. Je trouve que ce n'est pas juste. Ici au moins, on a le spectacle que l'on n'a pas eu au Tour de France.» Elle donne peut-être une des réponses à cet accueil presque trop chaleureux du public: la sanction ne s'est abattue que sur quelques coureurs. Victimes, Alex Zülle, Laurent Dufaux et Armin Meier sont devenus des super-héros d'un jour. «Leur seul crime en somme est d'avoir placé leur confiance dans des médecins ou soigneurs qui ont banalisé ce que la morale sportive réprouvait. Faut-il leur en vouloir d'avoir été en quelque sorte pris en otage par un système?» expliquait Gilbert Pidoux dans 24 heures.

Avec «A travers Lausanne», la popularité du cyclisme est restée intacte. Reste une question: si le public manifeste aussi clairement sa joie de revoir des coureurs qui ont avoué s'être dopés, si les sponsors continuent à soutenir le cyclisme, si les journalistes lausannois, pris en étaux dans une course qui se passe chez eux, se font montrent conciliants, qui donc réagira contre le dopage?