«Même une demi-heure d'activité physique par jour aura déjà un effet positif sur votre santé!» affirme, sur son site Internet (www.baspo.ch), l'Office fédéral du sport (OFSPO) basé à Macolin. Il n'empêche. S'il constitue effectivement un facteur reconnu de diminution des coûts de la santé, le sport engendre cependant un nombre très (trop) élevé d'accidents non professionnels. Selon le Bureau suisse de prévention des accidents (BPA) – qui vient de publier un fascicule intitulé Les Accidents en Suisse, statistiques 2001 – 282 000 personnes en ont été victimes, en Suisse, lors de la seule année 1999. Plus grave, 150 individus ont trouvé la mort. Au palmarès des disciplines incriminées figurent en premier lieu le football et le ski alpin (voir notre infographie).

«C'est beaucoup trop, considère Othmar Brügger, collaborateur scientifique au service «Sport» du BPA. Imaginez ce que cela représente en frais sociaux.» Selon une étude menée – à la demande de l'OFSPO, du BPA et de la SUVA (Caisse nationale suisse d'accidents) – par l'Institut de médecine sociale et préventive de l'Hôpital universitaire de Zurich, les accidents de sport occasionnent annuellement des frais directement liés aux traitements de l'ordre de 1,1 milliard de francs et des coûts indirects d'un montant de 2,3 milliards. «Des montants énormes», convient Urs Maeder, de l'Institut des sciences du sport à l'OFSPO. Il poursuit: «Il faut cependant mettre ces chiffres en perspective avec les économies que la pratique du sport autorise. Nous savons en effet que l'activité physique à laquelle s'adonne une majorité de la population helvétique permet d'éviter chaque année 2,3 millions de cas de maladies, plus de 3300 cas de mortalité et, en ce qui concerne les traitements, des frais directs de 2,7 milliards de francs et indirects de 1,4 milliard.»

Les statistiques du BPA permettent quelques constats intéressants. On y apprend ainsi que, toutes disciplines confondues, c'est la classe d'âge des 20-29 ans qui paie le plus lourd tribut aux accidents (33,1% des blessés), la majorité des cas étant recensés dans les sports de combat (judo, jiu-jitsu, karaté, lutte). «Je suis en train de lire une étude anglaise où il ressort justement que le sport pratiqué jusqu'à 40 ans aggrave les coûts médicaux, alors que ceux-ci diminuent au-delà de cet âge», complète le Dr Gérald Gremion, médecin du sport à Lausanne.

S'agissant des accidents recensés en Suisse, quelles sont les parties du corps les plus fréquemment touchées? En football, volleyball et basketball, ce sont surtout les jambes/articulations tibio-tarsiennes/pieds. Pareil dans le domaine du jogging (42,1% des cas). En ski alpin, ce sont les genoux (27,3% des cas). Enfin, dernier exemple, les adeptes des jeux de boule, de lancer et de golf se blessent essentiellement à la tête et au cou.

Les accidents de sport sont en continuelle augmentation en Suisse. Il y en a eu environ 18 000 de plus en 1999 qu'en 1985. D'aucuns affirment qu'il s'agit probablement là de l'augmentation du nombre de pratiquants au fil des ans. Le Dr Gremion, lui, conteste cette vision des choses. «Beaucoup de gens font du sport mais de plus en plus souvent, ils pratiquent plusieurs disciplines. C'est cela qui peut donner l'illusion d'une augmentation du nombre des sportifs.»

Quoi qu'il en soit, il apparaît urgent d'enrayer cette épidémie. «La prévention est la clé du progrès, estime Othmar Brügger. Surtout, il convient de proposer des actions précises à des groupes ciblés. Actuellement, nous visons les 18-24 ans en utilisant pour cela le langage spécifique des jeunes ou en travaillant avec des médias adaptés à cette classe d'âge. Nous voulons apprendre aux gens à gérer les risques, à estimer leurs propres possibilités sans utiliser pour cela des termes trop techniques.» Othmar Brügger pense par exemple qu'une bonne moitié des 13 500 accidents impliquant des adeptes du roller inline ou du patin à roulettes auraient pu être évités. «Il aurait fallu pour cela que les gens portent les protections indispensables. A nous d'insister désormais là-dessus en collaborant avec la SUVA et les assurances privées.»

Pour prendre connaissance sur l'Internet des statistiques détaillées du BPA concernant les accidents de sport: www.bpa.ch/recherche/statistique/statistique_2001/index. html#Sport