Lunettes de soleil vissées sur le nez, une cavalière blonde entraîne une jeune élève sur une carrière genevoise. Parcours de saut et conseils de circonstance, la scène n'aurait rien de bien particulier si la coach n'avait marqué l'équitation mondiale en montant sur les podiums les plus prestigieux du circuit au cours des années 1990. Lesley McNaught, une pointe d'accent britannique sur un passeport suisse, s'est installée dans la région genevoise, d'où elle espère rebondir et se propulser sur la scène hippique internationale.

L'histoire de Lesley McNaught n'a pas commencé par une enfance dorée. Son père étant décédé jeune, la petite fille a grandi avec sa mère et sa sœur cadette dans la ferme familiale en Angleterre. Cavalière passionnée, la maman met les deux enfants à cheval avant qu'elles ne sachent marcher, leur donne des cours, leur trouve des poneys. «Nous n'avions pas beaucoup d'argent, se souvient Lesley. Ma mère a fait beaucoup de sacrifices pour nous permettre de monter.» La petite Anglaise progresse. Elle est repérée à 14 ans par Ted Edgar, ancien cavalier international, qui lui propose de monter chez lui après l'école. Le mécène, qui a également pris Nick Skelton sous son aile, prête à Lesley une brillante jument: One more time. C'est avec cette monture que la jeune prodige devient double championne d'Europe junior à 17 ans, dans ce qui deviendra bientôt sa seconde patrie, la Suisse.

Lesley a dix-huit ans quand sa mère décède, les laissant seules, elle et sa sœur. Elle décide alors d'immigrer en Suisse pour y suivre un cavalier qu'elle a connu, Markus Mändli. C'est son frère cadet, Beat, qu'elle épousera plus tard, ce qui lui permettra d'obtenir la nationalité suisse.

Elle n'a pas vingt ans et ne parle pas un mot d'allemand quand elle débarque à Neuendorf dans les installations de Willi Melliger. «Je suis moitié anglaise, mais aussi moitié irlandaise. Les gens de là-bas sont très ouverts et m'adapter n'a pas été un problème.» Un apprentissage en autodidacte. Pour la langue et pour le sport en général, puisque Lesley n'a plus jamais eu d'entraîneur après sa mère.

Elle progresse pourtant à grande vitesse et attire le regard de Paul Buckeler, qui lui confie Pirol IV, avec lequel elle devient championne suisse, championne d'Europe par équipe et médaillée de bronze des Jeux mondiaux. En 1992, Lesley McNaught remporte également la médaille d'argent de la finale de la Coupe du monde à Del Mar, l'un de ses plus beaux souvenirs équestres. A cette époque, elle devient la meilleure représentante féminine du circuit. Elle fait également la connaissance d'Arthur Schmid, qui deviendra son principal sponsor durant 14 ans, lui confiant Bim 2 et surtout Dulf, qui lui permettra de faire son entrée dans le top ten en 1996. En 2000, une apothéose sonnera aussi la fin d'une époque bénie: la médaille d'argent par équipe des Jeux olympiques de Sydney.

Dulf se blesse peu après les JO et part à la retraite. Par la suite, Lesley McNaught perd encore son principal sponsor et ses chevaux de tête. «Ça a été très difficile de retrouver un nouveau propriétaire.» L'amazone se voit confier à plusieurs reprises des chevaux pour quelques mois, voire quelques semaines, et refait des apparitions sporadiques en Grand Prix. Car une de ses qualités les plus remarquables est indiscutablement de s'adapter à ses montures en un temps record: «Ça, c'est juste un don de Dieu, dit-elle. Les chevaux nous parlent, mais tous les cavaliers ne savent pas les écouter.» Mais avant les JO d'Athènes, la cavalière se fracture le dos et arrête de monter totalement à cheval durant un an et demi. Elle se consacre alors à l'entraînement, principalement en Turquie, au Mexique et au Brésil.

En 2005, Lesley semble faire son retour au plus haut niveau. Après avoir un temps monté les chevaux de Markus Fuchs, elle remporte un deuxième titre de championne suisse avec Riot Gun. Mais le bonheur est de courte durée, et le cheval lui est retiré l'année d'après. Depuis, Lesley peine à retrouver une écurie de bon niveau. On dit qu'elle consacrerait trop de temps à sa passion, le trot attelé - la cavalière a une licence de driver professionnel et d'entraîneur - ou qu'elle a de mauvaises habitudes... «Je n'ai jamais arrêté de monter, tranche Lesley. Ce sont les journaux qui ont affirmé ça. J'ai entendu des choses incroyables sur mon compte.»

La vie de cavalier professionnel n'est pas une sinécure. Un petit milieu dans lequel il vaut mieux être apprécié et où persiste une forte dépendance aux mécènes. «Les chevaux sont de plus en plus chers en Europe. Avec la crise, ça ne sera pas facile. On ne fait pas grand-chose pour promouvoir le milieu du saut d'obstacle auprès des hommes d'affaires, alors que le polo ou le monde des courses sont mieux organisés.» Jamais tentée de faire autre chose? «J'aurais aimé être chanteuse mais ce n'était pas possible, rigole-t-elle. Je suis verseau et c'est le signe des artistes.» La cavalière avoue quand même qu'elle rêverait de participer au Paris-Dakar et à la Coupe de l'America, avec Alinghi, bien sûr. Un petit côté aventurière peut-être.

Depuis le printemps 2008, Lesley McNaught s'est installée dans la région genevoise, où elle compte s'établir définitivement. Elle donne déjà des cours et espère trouver des propriétaires avec lesquels travailler. «Je suis très positive dans la vie. J'ai toujours été convaincue de pouvoir retrouver des chevaux de top-niveau. On m'a proposé de bons jeunes, mais ma priorité consiste à revenir vite sur le circuit international.» Positive, mais ambitieuse aussi: Lesley ne rêve pas moins que de participer aux prochains Jeux olympiques de Londres. Dans sa patrie d'origine, sous les couleurs de son pays d'accueil.