C'est un cheval. Intérieurement. Extérieurement, malheureusement, Goofy possède toutes les caractéristiques du shetland. Des jambes courtes, un ventre qui se rapproche dangereusement du sol et une pilosité pour le moins envahissante. Seule son expression - et pouvoir vous regarder de haut quand on toise 1m07 est une performance en soi - révèle sa véritable nature.

En tant que cheval, Goofy ne supporte qu'avec peine toutes les manifestations ridicules auxquelles se prêtent généralement les shetlands comme les concours de déguisements - il garde de celui de Schtroumpf un souvenir particulièrement pénible. C'est également avec un courage héroïque qu'il endure les marques de familiarité les plus folles venant de gens qu'il connaît à peine. Non mais, s'il mesurait 1m70, oserait-on lui tapoter la tête comme à un caniche? Mais la pire insulte à son ego démesuré survient immanquablement pendant la période des Fêtes durant laquelle Cathy, sa propriétaire pourtant adulte, l'affuble d'un déguisement de Père Noël avant de le traîner faire le tour du village de Chavannes-de-Bogis.

Goofy peut heureusement compter sur les concours de saut pour se sentir cheval. Là, en survolant des oxers de 60 cm, il peut s'imaginer sur la piste de Palexpo durant une étape de la Coupe du monde. Et il joue le chrono. Il est même difficile de lui trouver une cavalière d'une taille acceptable qui parvienne à contenir sa fougue. D'autant plus que comme la plupart des cracks, il ne se laisse pas chevaucher par n'importe qui. En piste, Goofy serait presque heureux si seulement le speaker ne le ramenait à la dure réalité en annonçant son ridicule patronyme. Aurait-on appelé un pur-sang du nom d'un personnage de Disney - un chien qui plus est? L'animal a plus d'une fois songé à manger son passeport dans l'espoir d'être rebaptisé «Royal Power» ou «Touch the Diamonds».

C'est dans la nourriture que Goofy parvient à oublier les piétinements répétés de son ego. Et pour une fois, sa petite taille est un atout, puisqu'elle lui permet de régulièrement fuir son parc, l'herbe étant toujours plus verte dans celui du voisin. Car si dans sa tête, Goofy est un cheval, il garde bien un estomac de shetland.