Il fallait un grand homme pour débloquer tout ça; ce fut Sidney Crosby. Avec son patronyme hollywoodien et son don exceptionnel pour le maniement du puck, le centre des Pittsburgh Penguins était déjà, à 22 ans, la superstar du hockey canadien. Après son but en or lors de la finale olympique contre les Etats-Unis dimanche à Vancouver, qui offre à son pays un huitième titre olympique en la matière, le petit génie de la crosse a intégré le cercle des légendes vivantes.

Avant de pouvoir hurler sa joie et sa fierté dans toute la ville et bien au-delà sans doute, le peuple canadien a connu mille tourments. Bien partis, les «boys» de Mike Babcock mènent pourtant 2 à 0 au bout de 28 minutes, suite à des réussites de Jonathan Toews et Corey Perry. Très mal payés de leurs efforts, les Américains ne cèdent pas au découragement et reviennent dans la partie, tout d’abord grâce à Ryan Kesler (33e). A ce moment-là, dans la loge officielle, Wayne Gretzky se prend la tête à deux mains. Et quand «dieu» s’inquiète, ce n’est jamais bon signe.

Dans un duel de très haute tenue, les deux pôles nord-américains du hockey sur glace se rendent coup pour coup. Au cours d’une troisième période acharnée, le Canada est plus proche de creuser l’écart que les Etats-Unis de raccrocher le wagon. Mais à force de tirer sur le poteau – comme Ryan Getzlaf à la 42e – ou de se heurter au remarquable gardien Ryan Miller – comme Sidney Crosby à la 56e – les joueurs à la feuille d’érable demeurent à la merci d’un méchant coup du sort. Celui-ci intervient à 24 secondes de la fin du temps réglementaire. Les Etats-Unis ont sorti leur gardien pour forcer la décision lorsque celui du Canada, Roberto Luongo, brillant jusque là, accorde un rebond de trop et permet à Zach Parise d’égaliser à la stupéfaction générale.

Une prolongation pour la médaille d’or, donc, sans le moindre droit à l’erreur. La tension est à son comble, l’incertitude aussi. Euphorique il y a quelques instants encore, la foule du Canada Hockey Place de Vancouver se prend à imaginer une catastrophe nationale – la défaite. Puis surgit un homme dont le tournoi avait été plutôt moyen dans l’ensemble: Sidney Crosby. «J’ai simplement tiré et c’est rentré», commentera le vainqueur de la dernière Coupe Stanley, une petite demi-heure après avoir glissé le puck entre les jambes de Ryan Miller. «Je ne sais pas quoi dire d’autre... Tout ça ne me paraît toujours pas réel, j’ai l’impression d’être en plein dans un rêve.»

Un rêve devenu réalité pour 33 millions de Canadiens, pour qui le hockey sur glace confine à la religion. Un peu plus tard dans la soirée, la flamme olympique, plus chaude que jamais, fut transmise aux organisateurs de Sotchi 2014 lors de la cérémonie de clôture des Jeux de Vancouver. La ville, elle, n’avait pas fini de s’embraser.