Petit traumatisme en ouverture de la deuxième semaine de préparation de l’équipe de Suisse en vue du Championnat du monde de hockey sur glace, qui aura lieu du 13 au 29 mai en Finlande. Encore capitaine aux récents Jeux olympiques de Pékin, Raphael Diaz n’a pas été appelé. La raison: une volonté de renouvellement et de rajeunissement du groupe. La réaction du défenseur de 36 ans: de la «déception» et de la «frustration».

«Je comprends totalement son amertume», répond le sélectionneur Patrick Fischer, rencontré ce mercredi à Cham, dans le canton de Zoug. Pour lui, la situation est à la fois particulière et banale. Ce n’est pas tous les jours qu’on force la retraite internationale d’un bonhomme qui cumule quatre participations aux JO et huit au Mondial, qui plus est un ami – les deux hommes furent coéquipiers à Zoug. Mais il a bien, malgré lui, l’habitude d’éconduire les bonnes volontés. De renvoyer à la maison des joueurs qu’il avait un peu plus tôt convoqués. Cela fait partie de son job.

Quand, le 8 avril dernier, Patrick Fischer publie la liste des 23 joueurs qui prendront part au rassemblement de l’équipe nationale, il sait pertinemment qu’une bonne partie d’entre eux ne voleront pas vers Helsinki. Car d’autres hockeyeurs seront à sa disposition d’ici l’embarquement. La préparation pour le Mondial, disputé chaque année en hockey sur glace, débute alors que les championnats ne sont pas terminés. Et les clubs ont la priorité sur les équipes nationales. Les renforts arrivent à mesure que leurs formations terminent leur saison.

En attendant les «Nord-Américains»

Le sélectionneur vient d’en solliciter six de Fribourg-Gottéron et Davos après leur élimination en demi-finales des play-off de National League. Les meilleurs éléments de Zurich et Zoug ne pourront donc se retrouver sous le maillot rouge à croix blanche qu’au bout de leur duel pour le titre, actuellement en cours.

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Et puis, il y a les Suisses de NHL, eux aussi susceptibles de débarquer dès la fin de la saison de leur franchise outre-Atlantique. Il est déjà acté que les New Jersey Devils, les Chicago Blackhawks ou les San José Sharks ne participeront pas aux séries éliminatoires, donc que Nico Hischier, Philipp Kurashev ou Timo Meier pourront jouer en Finlande. Conséquence directe: d’autres devront rester à la maison.

Patrick Fischer commente: «Bien sûr, je préférerais avoir mon groupe entier tout au long de la préparation. Mais je veux aussi aligner la meilleure équipe possible.» Autrement dit: même à la der des ders, un joueur dominant trouvera toujours sa place dans la sélection helvétique. L’an dernier, sur les 28 joueurs retenus pour les Mondiaux à Riga (Lettonie), seuls 14 étaient présents au début du rassemblement.

Pour les hockeyeurs, le processus tient de la fatalité. «C’est toujours comme ça, témoigne Tristan Scherwey. Des gars arrivent, d’autres partent, et ce mouvement rend cette période très intéressante. Il n’y a pas de routine.»

Se faire remarquer… ou pas

A 30 ans, l’ailier du CP Berne a vécu toutes les situations. Il a été évincé après une ou plusieurs semaines d’une «préparation» qui devient un peu dérisoire quand elle débouche sur des vacances. Il lui est aussi arrivé de rejoindre l’équipe juste avant les Mondiaux après une finale de play-off. Son expérience lui dicte une approche pragmatique: «Il faut simplement faire de son mieux quand on est là et attendre la décision du coach. Pour s’éviter une éventuelle déception, l’idéal est de se dire qu’on vient dans une optique d’apprentissage et profiter de chaque minute avec le groupe.»

C’est d’autant plus facile pour ceux qui ne s’attendaient pas à être convoqués. L’après-midi du lundi 10 avril, Noah Delémont réservait des vacances en France avec sa copine. Le soir, il recevait un coup de fil de Patrick Fischer. Chérie, on annule tout! «C’est pour une bonne raison, elle l’a bien compris et elle est même fière de moi», salue le jeune talent du HC Bienne (20 ans).

Le sélectionneur lui a annoncé qu’il venait pour deux semaines. Après? Tout peut s’arrêter. Ou pas. Il faut faire avec l’incertitude. «Clairement, je ne me projette pas sur les Mondiaux, affirme le défenseur. Mais en même temps, ce serait une bien mauvaise philosophie d’imaginer que je n’ai aucune chance d’y aller…»

Le moment où le sélectionneur lui annoncera que l’aventure est terminée pour cette année, il «ne le visualise pas». Préfère se concentrer sur le moment présent. Il a déjà marqué un but et offert une passe décisive lors de son premier match, amical, contre la France. Comment continuer de se faire remarquer? Pirouette: «Parfois, la clé, c’est d’éviter de se faire remarquer… pour de mauvaises raisons», sourit-il. Il estime risqué de ne pas être lui-même, de «jouer un rôle», car «cela va se voir». Surtout dans un groupe uni, fluide, où il a débarqué «intimidé» avant d’être «mis à l’aise par tout le monde».

Des surprises chaque année

«On sait tous qu’on doit gagner notre place, car la Suisse n’aura pas 50 joueurs au Mondial, lâche encore Noah Delémont. Mais cette concurrence, on ne la sent pas du tout dans les relations humaines, vraiment très saines.»

Pas question, donc, d’espérer la blessure d’un concurrent avec son club. Ou le parcours à rallonge de telle franchise en NHL qui empêcherait un compatriote de rejoindre l’équipe nationale. «En 2018, j’ai profité du fait que la NHL a empêché ses joueurs de participer aux Jeux olympiques pour être sélectionné, mais franchement, j’en étais triste pour le spectacle, pour le public, se rappelle Tristan Scherwey. On a tous envie de voir les meilleurs en équipe de Suisse!»

Mais dans ce contexte, la hiérarchie n’est jamais complètement figée. «Bien sûr, j’ai mon idée de départ, reconnaît Patrick Fischer. Mais je constate que lors de chaque tournoi, il y a une ou deux surprises dans la liste définitive. Des surprises même pour moi!» Après une semaine et demie de préparation, il en voit déjà se profiler pour cette année, avec des jeunes qui lui ont fait «forte impression». Quels qu’ils soient, il leur reste trois semaines pour confirmer.