Tout le monde se souvient sans doute de l'épisode. On joue l'Euro 96 de football en Angleterre et soudain, Guus Hiddink, le mentor de la sélection des Pays-Bas renvoie Edgar Davids à la maison. En pleine compétition. L'homme avait commis une seule erreur: il «l'ouvrait à tort et à travers». «J'ai entraîné en Espagne (n.d.l.r.: à Valence), expliquait alors Hiddink. Là-bas, on peut dire à un joueur: «Vas près de cet arbre et reste-y.» Il ne discute pas. En Hollande, tout spécialement, impossible de demander quelque chose à un joueur sans essuyer un: «Pourquoi?», généralement suivi d'un «pourquoi moi?» Davids ayant refusé d'aller près de l'arbre à l'Euro 96, Hiddink l'a renvoyé au pays.

Depuis, les choses se sont tassées, quoique Davis ait été absent deux ans durant de la sélection des Pays-Bas. Le milieu de terrain transféré en 1996 de l'Ajax Amsterdam à l'AC Milan où il prend place régulièrement sur le banc – ce qui ternit encore une image déjà écornée par l'épisode de l'Euro 96 – finit par rejoindre la Juventus de Turin pour 7,5 millions de francs à Noël de l'année dernière. Là, celui que Louis van Gaal, alors entraîneur de l'Ajax avait surnommé «Pitbull» (en référence à ses qualités de joueur) finit par éclater littéralement, apportant à la «Vecchia Signora» son dynamisme, son jeu explosif et sa formidable aptitude à éliminer l'adversaire.

Il n'en fallait dès lors pas plus à Guus Hiddink pour le rappeler en sélection, non sans avoir prévenu l'intéressé qu'il lui faudrait désormais améliorer considérablement son comportement. «Je lui ai précisé les règles établies au sein du groupe, la façon dont l'équipe jouerait. Il a retrouvé de son côté l'intégralité de son potentiel. Il était donc normal de le prendre en France, mais il sait ce que j'attends de lui et il doit l'accepter, confiait le 29 juin dernier le sélectionneur batave à nos confrères de L'Equipe.

Message reçu 5 sur 5 apparemment pour Edgar Davids qui aide résolument dans un premier temps son équipe à franchir victorieusement le cap des qualifications pour les 8es de finale de l'épreuve dans le groupe E, face à la Belgique, au Mexique et à la Corée du Sud, avant de la propulser en quarts de finale en lui offrant le but de la victoire (2-1) face à la Yougoslavie. Puis de prendre une part active à son succès face à l'Argentine.

Pourtant, la boucle n'est pas encore bouclée pour cet homme à la mine renfrognée, au crâne rasé sur les côtés et aux «dreadlocks» en crinière qui ajoutent encore à son air méchant. Pour ce joueur talentueux de 25 ans, né à Paramaribo au Surinam dont la carrière a connu trois écoles: celle de la rue, celle de l'Ajax et celle de la patience. Pour ce gars débarqué à 18 mois seulement dans les quartiers nord d'Amsterdam où il a appris petit à petit à manier le ballon autant que la castagne. Ce soir en effet, Edgar Davids dispose d'une formidable opportunité de franchir une nouvelle étape dans sa carrière. En aidant son équipe à accéder à la finale du Mondial 98. Il lui faudra pour cela venir à bout – avec ses équipiers – du Brésil. Pas impossible pour ce garçon à qui Hiddink a dit il y a peu: «Tu viens, mais tu la fermes.»