Dernier du classement de Ligue nationale A de hockey, le HC Fribourg-Gottéron connaît un début de saison morose. Et le réconfort de la qualification pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, acquise mardi soir, aura été de courte durée: mercredi, les Dragons se découvraient orphelins de leur président d’honneur Jean Martinet, 70 ans.

Ce Vaudois d’origine avait pris, en 1988, la tête d’un club à la santé financière critique; il a passé le témoin, quatre ans plus tard, de la principale attraction du championnat de Suisse. Car entre-temps, en 1990, il avait réussi à sortir le club de l’ornière et ce que certains spécialistes appellent encore le «transfert du siècle» en attirant Viatcheslav «Slava» Bykov et Andreï Khomoutov à Saint-Léonard, deux joueurs de l’équipe d’URSS championne du monde en série qui allaient marquer l’histoire du hockey suisse.

L’histoire de cette double arrivée, c’est d’abord celle d’un coup de téléphone que passe, à Jean Martinet, Tino Catti. L’ancien hockeyeur joue les entremetteurs pour les deux stars soviétiques qui ont dans l’idée de poursuivre leur carrière en Suisse alors que la NHL les courtise. «Ce n’était pas le hockey qui était le plus important. C’était l’entourage, les contacts humains», explique Slava Bykov dans le livre que lui a consacré Jean Ammann.

Le rapprochement par le sport

Olten, Zurich et Berne – contactés avant Fribourg – ont passé leur tour, mais Jean Martinet, lui, flaire le bon coup. Il part à Moscou. «Il rencontre les joueurs et leur vante les attraits de la confédération, notamment la brièveté des déplacements qui leur permettra de passer plus de temps avec leur famille. Avec des joueurs qui ont vécu tant d’années en internat au CSKA, l’argument porte», relate le site Hockey Archives. Au printemps 1990, l’URSS de Bykov et Khomoutov est sacrée championne du monde en Suisse. Quelques mois plus tard, ils patinent pour la première fois en Ligue nationale A.

L’arrivée de ces deux stars chamboule la LNA. Le HC Fribourg-Gottéron atteint pour la première fois les demi-finales des play-off lors de la saison 90-91, puis la finale trois années de suite. Manque le titre de champion, mais le club, la ville, le canton et le pays succombent au talent des deux hommes.

Détail piquant: capitaine à l’armée, Jean Martinet s’est longtemps exercé à repousser de potentiels assauts soviétiques, et voilà qu’il recrute à l’Est pour renforcer son équipe. «Je sais bien, on s’est assez foutu de ma gueule, dira-t-il à Jean Ammann. Mais il faut séparer le plan militaire et sportif. Est-ce que vous vous souvenez de ces Fribourgeois qui se promenaient avec le drapeau soviétique dans la ville? On n’aurait jamais pu l’imaginer auparavant. C’est ça, le rapprochement par le sport. Avec le sport, il n’y a plus de politique, plus de religion, plus de sexe.»

Multiples casquettes

Jean Martinet a rendu les clés du HC Fribourg-Gottéron après quatre ans de présidence, sans tourner le dos à la glace. Il ajoutera les casquettes de vice-président de la Fédération suisse (de 1994 à 2002) et de président par intérim (en 2003) à sa vaste panoplie: agent général d’assurances, l’homme a aussi été député au Grand conseil fribourgeois et pilote d’hélicoptère.

Quant au «transfert du siècle», il a marqué sa vie jusqu’au bout, et celle du canton de Fribourg aussi puisque Bykov et Khomoutov y résident encore, après avoir joué pour les Dragons jusqu’en 1998. Le premier siège au conseil d’administration de Gottéron, le second entraîne le HC Sarine. Jean Martinet n’était jamais très loin: en décembre 2015 encore, il prenait la plume, dans La Liberté, pour dénoncer le «choix de guignol» de la Fédération suisse de hockey qui venait de nommer trois anciens joueurs à la tête de l’équipe nationale alors que Slava Bykov, «un des meilleurs entraîneurs de la planète», n’avait «même pas reçu un coup de téléphone».