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Pas de place pour les hooligans à la Coupe du monde.
© Alexander Zemlianichenko

Supportérisme

Les hooligans russes se tiennent à carreau

Aucun incident violent n’a émaillé la Coupe du monde à ce stade. Il faut dire que les plus turbulents des supporters, à l’instar d’un Alexandre Chprygine pourtant à l’origine de l’idée de l’accueillir, sont scrupuleusement tenus à l’écart de la fête

Les autorités russes sont toujours enclines à serrer la vis. Durant les Jeux olympiques de Moscou en 1980, clochards et prostituées avaient été massivement déportés loin de la capitale. Aujourd’hui, c’est le tour des hooligans. La moitié de la Coupe du monde est passée, et pas un seul débordement, pas la moindre violence ne sont venus perturber son bon déroulement.

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L’imposant déploiement de forces de l’ordre et surtout le filtrage scrupuleux des hooligans, en coopération étroite avec les services de renseignement des pays participants, ont exclu des stades les fauteurs de troubles potentiels. A domicile, l’intimidation des hooligans russes a fonctionné à plein et environ 400 d’entre eux ont été placés sur une liste noire leur interdisant l’accès aux matches. Aucun tournoi de «okolofootball» (batailles rangées entre ultras russes) n’est venu satisfaire l’appétit excessif des tabloïds britanniques sur le sujet. La Russie s’est sentie obligée de faire du zèle après l’explosion de violence qui avait opposé des centaines de supporters russes et britanniques en 2016 à Marseille en marge de l’Euro.

De l’idée géniale à la liste noire

«On paie pour nos péchés de jeunesse», raconte Ivan, un ancien ultra qui refuse de donner son nom de famille. «Cela fait plus de cinq ans que j’ai participé pour la dernière fois à une rixe. Mais comme j’ai été connu à un moment dans le milieu, j’ai automatiquement atterri sur la liste noire, déplore ce père de famille qui regarde désormais paisiblement les matches à la télé. Avant, j’allais au match pour me battre, le foot ne m’intéressait pas vraiment. Maintenant, c’est le contraire.»

Certains sont franchement amers, comme Alexandre Chprygine, porte-voix autoproclamé des ultras russes. Son drame a quelque chose de grotesque. L’idée d’organiser en Russie la Coupe du monde de football en Russie lui revient, au moins formellement. Président de l’Union des supporters russes (USR), il lance l’initiative en 2008, lors d’une conférence organisée dans le musée du FSB, la sécurité d’Etat. Et aujourd’hui, voilà que ce même FSB, chargé d’établir la fameuse «liste noire», lui interdit l’accès aux stades.

C’est vrai que de l’eau a coulé sous les ponts, et surtout de l’encre dans les tabloïds britanniques. En 2016, Alexandre Chprygine commet l’erreur de défier la police française juste après les bagarres de Marseille. Expulsé et interdit de territoire français immédiatement après les incidents, il réapparaît quelques jours plus tard dans le stade de Toulouse, posant fièrement devant les médias.

Aucune explication

Cet homme ambitieux de 40 ans, qui comptait utiliser l’USR comme un tremplin vers la politique – il est assistant d’un député nationaliste russe –, s’est heurté à la barre transversale en devenant la bête noire de la presse anglaise. «Ils ont fait de moi un général de Vladimir Poutine dirigeant une armée de hooligans imaginaire», grommelle-t-il lors d’un entretien avec Le Temps. «Je ne commande pas les supporters et personne ne les commande. Cela n’existe nulle part. C’est tombé sur moi parce qu’il fallait bien punir quelqu’un aux yeux de tous.»

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Après avoir plusieurs fois été pris en photo en compagnie du président russe au début des années 2010, Alexandre Chprygine est désormais devenu «toxique» pour le Kremlin. Prudent, il continue de dire du bien de Vladimir Poutine, «qui a réussi à montrer au monde une Russie positive», et s’en prend plutôt aux «officiers subalternes du FSB», qui «placent les gens sur des listes sans qu’on sache quels critères ils utilisent. Ils ne donnent aucune explication ni possibilité de recours.»

Aucune manifestation tolérée

Il raconte que, face aux pressions du FSB («nous avons reçu des convocations, nous sommes observés à la loupe»), plusieurs de ses amis ont carrément opté pour des vacances à l’étranger durant la Coupe du monde. «Je regarde les matches à la télé depuis mon village d’enfance à 500 kilomètres de Moscou. Je n’ai aucune envie de me mêler à la foule des supporters étrangers. L’Allemagne, l’Argentine, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est l’équipe russe, c’est le football vivant, dans les tribunes!»

Les ultras russes ne sont pas les seuls à déplorer que le curseur de la sécurité soit poussé trop loin. Toute manifestation de près ou de loin politique est bannie des stades. Lorsque l’activiste iranienne Maryam Qashqaei Shojaei a déployé le 20 juin une bannière réclamant l’accès des femmes aux stades de football dans sa patrie durant le match Iran-Espagne à Kazan, elle a été arrêtée par la police. Elle a passé deux heures au poste et s’est vu confisquer sa bannière, qui avait pourtant été préalablement approuvée par la FIFA.

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