AUTO-MOTO

Hubert Auriol, un «Africain» à la tête du plus fameux rallye-raid du monde

La 22e édition du Dakar commence ce jeudi avec plusieurs nouveautés. Patron de l'épreuve depuis 1995, le Français, surnommé «l'Africain», s'y est imposé deux fois au guidon d'une moto, puis une fois au volant d'une voiture

Evoquer le nom d'Hubert Auriol équivaut à penser immédiatement au Dakar, le fameux rallye-raid dont le départ de la 22e édition est donné aujourd'hui. D'abord parce que celui que l'on surnomme depuis longtemps l'«Africain» y a participé à seize reprises entre 1979 – année où l'épreuve a vu le jour – et 1994. Ensuite, parce que le Français est le seul pilote à s'être imposé au guidon d'une moto (en 1981 et 1983), puis au volant d'une voiture (en 1992). Enfin, parce que, depuis 1995, c'est lui qui préside aux destinées d'une course longtemps décriée, mais qui ne suscite plus guère l'opprobre aujourd'hui, ses organisateurs ayant prouvé qu'ils savent se montrer respectueux de l'environnement.

Un Dakar «humain»

Hubert Auriol n'a pas attendu de s'amouracher du Dakar pour être conquis par l'Afrique. Né en 1952 à Addis-Abeba (Ethiopie), où son père était directeur du chemin de fer franco-égyptien, il reconnaît avoir vécu une enfance de rêve jusqu'à son retour en métropole, à 11 ans. «L'Afrique est un continent fabuleux. Surtout pour un enfant: des paysages variés, des couleurs, des bruits, des odeurs à nuls autres pareils.» Puis, évoquant la brousse: «Je l'ai découverte à cheval et en jeep. J'évoluais comme dans un film en Technicolor.»

Aujourd'hui, l'Afrique continue à rythmer l'existence du triple vainqueur du Dakar. «Depuis que j'ai pris la direction du rallye, j'ai voulu le ramener à son essence: une course dure, physiquement et mentalement, et où à peu près tout le monde dispose des mêmes chances.» Pari tenu. Et réussi. Quand il cite la formule «dure physiquement», Hubert Auriol sait de quoi il retourne. Personne n'a oublié les images saisissantes de ce motocycliste victime d'une terrible chute après avoir heurté une souche à 20 km de l'arrivée d'une «spéciale» (tronçon chronométré), à Saint-Louis, au Sénégal, en 1987. Cet homme avait continué jusqu'à l'arrivée de la «spéciale», malgré deux chevilles brisées par des branchages qui avaient traversé ses bottes. Hubert Auriol avait prouvé son incroyable courage. A moins que son «exploit» ait été dicté par l'espoir qu'il caressait de pouvoir reprendre la route jusqu'à Dakar, le lendemain. Car l'«Africain» avait course gagnée. Une course remportée finalement par un autre Français, Cyril Neveu, Auriol n'ayant pu rallier les plages de la capitale sénégalaise.

Hubert Auriol ne se souvient pas de cet épisode sans un pincement au cœur. «Pour moi, le Dakar n'est pas seulement une course. Le côté humain est essentiel, et j'y reste très attaché. Je constate qu'aujourd'hui comme hier, c'est toujours pareil: neuf fois sur dix, le résultat de chacun ne dépend pas d'un aspect purement financier, mais bien d'un problème humain à gérer sur le terrain.»

A la tête de T.S.O. (Thierry Sabine Organisation, du nom du fondateur du Dakar), Hubert Auriol veille à réaliser, année après année, quelque chose de «faisable par tout un chacun», sans se départir d'une philosophie jusqu'ici payante. «Thierry Sabine avait inventé cette forme d'aventure-spectacle. Mais il y a un mode d'emploi que je ne tiens pas à trahir.» On ne peut pas dire que Sabine – décédé lors de l'édition 88 du Dakar – et Auriol étaient amis. «Mes relations avec lui étaient bonnes, sans plus, avoue Auriol. Nous avions un peu le même profil et ça ne lui plaisait pas. Il avait fini par se prendre pour un messie et ne rechignait pas à faire la morale aux concurrents comme s'il s'agissait de gosses. Sabine avait un sens incroyable de la mise en scène. Quand il concluait ses briefings d'avant étapes par un «A ce soir… peut-être», chacun se sentait dans la peau d'un héros. Je crois que Thierry aurait aimé qu'un seul concurrent termine le Dakar. Sa course était devenue une fuite vers l'impossible. L'année de sa mort, c'était un Dakar de fous, mais extraordinaire.»

Pareille époque est révolue. Et Auriol, d'une certaine manière, a tué le père. «Lorsque je prends une décision, je ne me demande pas ce que Thierry Sabine aurait fait, mais je me réfère à mon expérience.» L'expérience d'un aventurier qui sait faire devoir de sérieux, même si l'approximation a forgé la légende du Dakar.

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