«Le spectre de la faillite disparaît, le SFC est sauvé!» s’exclame RTS Sport. Car «des personnes de la place financière genevoise ont mis la main à la poche», lit-on sobrement sur ce site. Qui? Combien? Peu importe, c’est «pari réussi pour Quennec», titre La Liberté de Fribourg. Aujourd’hui, il suffirait de peu pour qu’on décide de lui ériger une statue en remerciement des services rendus à la République, à Hugh Quennec!

Le Blick appelle cela «Das Wunder von Genf», en référence au fameux «miracle de Berne», soit la finale de la Coupe du monde de 1954, remportée 3:2 par la RFA face à une équipe de Hongrie que l’on disait pourtant invincible. «Mais d’où vient l’argent?» se demande le quotidien populaire zurichois: «Là-dessus, pas un mot de ce spécialiste financier.» Mais une seule chose compte: il a (presque) «achevé sa mission de sauvetage», selon 20 Minuten.

Le créateur de la fondation Sport for Life et désormais sauveur du Servette FC passe donc pour un héros. A Genève où c’est loin d’être facile d’y parvenir, il «fait des miracles» dit la Tribune du cru, comme filant involontairement la métaphore christique: le Canadien, «fortement soutenu par la [place] financière, en bons termes avec les milieux économiques, jouissant d’une confiance légitime de la Ville et de l’Etat, ainsi que d’un engouement populaire sans précédent, […] a balayé en soixante jours plusieurs mois d’errance». Certes il faut encore une licence de jeu pour 2012-2013, mais «on veut croire que si Hugues Quennec et ses soutiens ont fait tout cela jusqu’ici, ce n’est pas pour échouer si près du but», après la fin de l’ajournement de faillite annoncé ce lundi.

En réussissant, qui plus est, à inscrire «le parcours de deux clubs phares de Genève dans une nouvelle famille élargie». Ainsi, «les efforts consentis par la nouvelle direction ont payé», se réjouit le gratuit 20 minutes, qui parle d’«opération commando» mise en place par le Canadien. Même Ouest-France et la RTBF, en Belgique, s’en sont souvenus, qui écrivent, citant l’AFP, qu’«en proie à de graves difficultés financières, le Servette Genève échappe à la faillite qui lui pendait au nez». Du coup, le site des Enfants du Servette jubile en citant, eux, la chaleureuse lettre du président et du directeur du club à eux adressée: «Cette magnifique nouvelle est due en partie aux plus de 4500 «artisans» qui se sont manifestés avant la levée de la faillite. Vous êtes de ceux-ci, vous nous avez aidés à construire le mur de la solidarité du Servette FC et nous vous en remercions sincèrement.»

Le ton est mesuré, tout à fait dans le style de celui que la Tribune de Genève qualifiait de «patron discret» il y a deux mois: il «est né à Montréal, d’une mère suisse et d’un père français. Il fait des études en génie électrique. En 1990, il exerce comme expert-comptable à Vancouver. La société qui l’emploie, KPMG, l’envoie à Genève en 1995. Après trois ans de présence en Suisse, il crée sa propre société de haute finance, Continental Capital Market (courtage sur les marchés financiers). Puis d’autres sociétés […], spécialisées dans le conseil, courtage et assurances pour entreprises et particuliers. En 2009, il cofonde la société JQS Investment Advisors (gestion de fortune). Il est père de trois enfants.»

Et de poursuivre: «Hugh Quennec entre dans le capital du Genève-Servette Hockey Club en 2006 et en prend la présidence. Discret sur sa vie et ses affaires, l’homme a toujours refusé de parler publiquement des chiffres du GSHC. Or, ce n’est pas un secret, il investit dans le club beaucoup d’argent pour couvrir ses déficits.» En 2009, il déclarait au même journal: «Je ne suis pas milliardaire. Si tel était le cas, j’investirais bien plus. Mais je suis quelqu’un de passionné, qui adore Genève et qui reste fidèle à une philosophie qui est aussi la mienne dans les affaires.»

Philosophie, affaires, sport: c’est la trilogie gagnante qui a sorti, lundi, le club du poids insupportable de son passé récent, après que le Servette, 17 fois champion suisse et septuple vainqueur de la Coupe, eut déposé le bilan en mars dernier. L’homme d’affaires iranien Madjid Pyshyar l’avait cédé pour un franc symbolique à son successeur…