Sport universitaire

Hugo van de Graaf ne rame plus pour marier sport et études

Etudiant de deuxième année en informatique et cadre de l’équipe de Suisse juniors d’aviron, ce Genevois goûte la vie rêvée d’un «Bear», un athlète de la prestigieuse Université de Berkeley

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Berkeley. L’une des plus prestigieuses universités américaines. Un puits de science, un creuset de la contre-culture. En passant le vénérable portail, on pense Prix Nobel et Summer of Love bien avant médailles olympiques. Le premier bâtiment qui apparaît est pourtant le vieux stade Art déco de l’Edwards Field. A l’ombre des eucalyptus et des pins d’Oregon, un bronze dédié au football américain se dresse depuis 1898. Un peu plus haut, un panneau installé sur le bord de la route annonce: «Tennis match today».

Il me faut quelque chose de solide pour mon après-carrière. Berkeley, c’était le meilleur choix pour mener les deux projets de front

Hugo van de Graaf, sportif suisse et étudiant à Berkeley

Le sport est une composante importante de l’université américaine. Celle de Berkeley compte environ 800 étudiants-athlètes inscrits dans l’un des 28 programs, masculins et féminins. Football, baseball, basketball, natation et athlétisme bien sûr, mais aussi water-polo, softball, lacrosse, soccer, golf, rugby à 7, plongeon, volleyball, hockey sur gazon. En marchant vers Sproul Plaza, la grande place du campus, les réverbères sont ornés de bannières honorant les champions nationaux, comme Farida Osman en 100 m papillon. Hugo van de Graaf espère un jour figurer dans ce hall of fame en plein air.

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Ce Genevois, 20 ans le 20 octobre, est arrivé en 2017 à Berkeley, où il étudie l’informatique et pratique l’aviron. Hugo est ce que les Américains appellent un sophomore (un deuxième année). Il est aussi un «Bear», c’est-à-dire un athlète de l’université. Formé au Club d’aviron Vésenaz, ancien membre de l’équipe de Suisse juniors, il est ici autant pour ses études que pour son sport. «L’aviron est une passion et si je peux participer un jour aux Jeux olympiques, je vais clairement essayer mais il me faut quelque chose de solide pour mon après-carrière. Berkeley, c’était le meilleur choix pour mener les deux projets de front.»

«Ici, on vous aide à concilier sport et études»

N’était-il pas possible de le faire en Suisse? Après tout, Lucas Tramèr est devenu champion olympique à Rio en faisant médecine à Bâle, et l’EPFL dispense d’excellents cours à quelques coups de rames de très bons clubs d’aviron… «C’était possible mais compliqué, répond Hugo van de Graaf. Dans le système suisse, le sport passe toujours après et beaucoup de rameurs sont souvent obligés d’étaler un semestre sur un an. Ici, je peux passer mon diplôme en quatre ans et progresser en aviron parce qu’on vous aide à faire les deux. Et puis, je voulais vivre cette expérience du sport universitaire à l’américaine.»

S’il n’a pas obtenu de bourse d’étude, Hugo van de Graaf pense que son niveau sportif a tout de même fortement joué en sa faveur. «Aux Championnats d’Europe et du monde juniors 2016, j’ai rencontré des coachs universitaires qui sont nombreux à recruter. Je n’y avais jusqu’alors pas vraiment pensé. J’ai déposé un dossier et j’ai été retenu en décembre 2016. Je suis parti six mois à Melbourne pour être bien prêt en anglais et je suis venu ici.» Le Genevois y a retrouvé de nombreux rameurs croisés lors de régates internationales. «Plus de la moitié sont étrangers. Le niveau est très élevé et plus homogène qu’en équipe de Suisse.»

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Il est près de midi et il doit assister à un cours. L’occasion d’aller visiter l’un des trois stores des Bears. De vastes boutiques comme il n’en existe en Europe que pour les très grands clubs de football. Des milliers d’articles, du pyjama à la selle de vélo, sont déclinés en bleu et jaune et griffés «Cal», le surnom de Berkeley. En 2017, la marque Under Armour a signé un contrat pour équiper les Bears pendant dix ans.

Tubas et palmes académiques

En retournant sur Sproul Plaza, on découvre une scène souvent vue dans les films American Pie mais perturbante aux pieds des colonnades de Berkeley: un orchestre de cuivres jouant du ABBA, des pom-pom girls qui s’agitent et une foule en jaune et bleu exécutant machinalement une chorégraphie avec les doigts. «C’est toujours comme cela les veilles de match de l’équipe de football, explique Hugo van de Graaf. Demain, Game Day, 90% des gens seront habillés aux couleurs de l’université.»

Devant notre incrédulité, il poursuit: «Cela peut nous paraître étrange mais, pour eux, c’est très banal. L’équipe représente l’école et chacun est fier de défendre ses couleurs. C’est une culture totalement différente, que je trouve absolument géniale. L’an dernier, j’ai été marqué par le discours d’un troisième année avant une régate. Il nous a expliqué que nous n’allions pas ramer uniquement pour nous mais aussi pour ceux qui nous avaient précédés et ceux qui nous succéderont. Le sport universitaire aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus grand que juste «je veux gagner une médaille».

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Un réseau indéfectible et une expérience de vie unique

Un autre sportif suisse, également Genevois, vient de le rejoindre à Berkeley: Matthew Dodd, capitaine de l’équipe de Suisse M18 de rugby. La golfeuse Albane Valenzuela, toujours de Genève, est elle en troisième année à Stanford. «Stanford, c’est le grand rival de Berkeley, sourit Hugo van de Graaf. La nuit du Big Game, le match de football, la tradition veut que les étudiants aillent en forêt pour couper un arbre, le symbole de Stanford.»

Pour faire honneur à leur université, les Bears disposent des meilleurs équipements sur place. Le stade de football contient 73 000 places. Le campus pourrait organiser les Jeux mondiaux de la jeunesse plus facilement que Lausanne. Si l’aviron s’autofinance, par des dons notamment, les programs de basketball et surtout de football rapportent des dizaines de millions de dollars à l’université. Les étudiants ne touchent pas un cent mais ont en échange la possibilité d’obtenir un prestigieux diplôme, la garantie de se construire un réseau indéfectible et la certitude de bénéficier d’une expérience de vie unique, celle du sport universitaire à l’américaine.


A Rio, trois fois plus de médailles que la Suisse

Aux Jeux olympiques d’été 2016 de Rio, Berkeley a remporté 21 médailles (pour le compte de différents pays), trois fois plus que la délégation suisse (7 médailles). Les olympiens old blues les plus célèbres sont des nageurs: Matt Biondi, Ryan Murphy, Natalie Coughlin, Missy Franklin, tous multiples médaillés d’or. Mais Cal n’arrive qu’en quatrième position au classement général du nombre des médailles, derrière trois autres universités californiennes: Southern California (Los Angeles), Stanford (San Francisco) et UCLA (Los Angeles).

La tradition sportive joue pour beaucoup dans cette domination du Golden State, tout comme l’importance du climat (idéal pour s’entraîner en toutes saisons). Le sport est devenu une manne financière importante pour les universités, ce qui leur permet d’offrir toujours plus de facilités aux étudiants-athlètes. Ces quinze dernières années, le budget de Berkeley pour l’ensemble de ses Bears a ainsi été doublé. Il est estimé à 90 millions de dollars par saison.

Le système universitaire américain ne fonctionne pas pour certains sports. A l’entrée du campus, une plaque près des courts de tennis honore les vainqueurs en Grand Chelem. Si Berkeley peut s’enorgueillir de 27 titres majeurs en simples (cette fois, la Suisse fait mieux: 28), aucun n’a été remporté après 1938. L. Fe

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