Humeur. «Facchi», au nom du père

A «Neuch» et environs, on l'appelle volontiers le patriarche. Une marque

A «Neuch» et environs, on l'appelle volontiers le patriarche. Une marque d'affection et de respect. A l'époque flamboyante des années 80, lorsque son entreprise de génie civil dominait le marché régional, voire plus, on l'a même surnommé «le parrain». Référence au fait que – il ne s'en est jamais caché – les firmes sous-traitantes étaient conviées à verser un petit quelque chose dans la caisse du club de foot, «son» Neuchâtel Xamax. Plus généralement, ses amis (et ils sont nombreux) lui donnent du «Facchi».

«Mafia? Ça me touche. Si on le prend dans le bon sens du terme, sans intention blessante ou malsaine, comme une extraordinaire solidarité familiale qui prime tout, je suis d'accord. Mais sinon, ça n'existe pas, je n'accepte pas», disait Gilbert Facchinetti à L'Hebdo, l'année de ses 50 ans (il en a 67 aujourd'hui). Toujours est-il que, depuis l'accession de Xamax à la ligue A, avec deux titres de champion suisse (1987 et 1988) plus trois finales de Coupe (perdues) à la clé, le club et lui n'ont fait qu'un. Pas pour le fric ni la gloriole, mais par amour.

A l'instar du savant passionné de Jurassic Park, «Facchi» a dépensé sans compter. Son temps, son argent, son énergie, sans oublier sa protection de type paternaliste envers les joueurs, ses enfants. Même les drames familiaux – décès de sa fille Tania, handicap de son fils Rodrigue – n'ont pas ébréché son enthousiasme. «Facchi» a vécu, vit et mourra en rouge et noir. Comme Stendhal. Sauf que, contrairement à Julien Sorel, il ne croira jamais qu'il n'y a plus rien d'héroïque à vivre.

Les grands d'Europe, Real Madrid, Bayern Munich, SV Hambourg, il les a vus à la Maladière, et ne désespère pas que cette période bénie ressuscite. Malgré la conjoncture morose, malgré le fait qu'il ne puisse plus combler les budgets en signant des chèques conséquents. Mais il trouve encore les moyens d'inviter régulièrement joueurs, entraîneur et dirigeants à une bonne bouffe dans sa villa de Saint-Blaise. Ça, c'est sacré!

Lors de chaque rendez-vous européen, journalistes, staffs local et adverse avaient droit à une agape d'avant-match à l'hôtel City. Laquelle se terminait invariablement par un discours délirant ponctué de la célèbre maxime: «Que le meilleur gagne… pourvu que ce soit nous!»

Une autre image de lui nous revient, à l'aéroport de Cointrin, lorsque Xamax partait en croisade UEFA en Roumanie, pour y affronter le Sportul Bucarest. «Facchi» arpentait le hall de départ avec des cartons bourrés de sandwiches en clamant à la cantonade, l'accent en sus: «Tenez, servez-vous, c'est la maman Facchinetti qui les a faits! Là-bas, on ne sait pas trop ce qu'on va manger!»

Oui, Gilbert Facchinetti provoquait les sourires entendus. Peut-être afin de mieux masquer son côté pile d'homme rusé, impitoyable en affaires. Mais ce dimanche à Bâle, tout cela passera au second plan. Au bord du terrain, son cœur, qui lui a toujours dicté sa conduite dès qu'il s'agit de Xamax, battra à 180 pulsations/minute pendant une heure et demie, peut-être davantage. Rien que pour ça, rien que pour lui, on souhaite que son club accomplisse sa «mission impossible». Au nom du père…

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