La grande lessive se poursuit dans le cadre de la faillite du Servette FC. Quarante-huit heures après l'incarcération de l'ancien président Marc Roger, Olivier Maus, l'autre administrateur du club genevois durant l'année 2004, a été interpellé par la police jeudi dans la matinée. Avant d'être placé à la disposition du juge d'instruction Marc Tappolet. Inculpé de gestion fautive, l'héritier du groupe Manor a toutefois pu regagner son domicile dans la soirée.

«Je suis très choqué que l'on traite mon client comme un criminel», s'insurge l'avocat Jean-Charles Roguet. «Je connais Olivier Maus depuis trente ans et je suis convaincu de son honnêteté. On applique dans son cas le principe du «deep pockets» (ndlr: poches profondes), qui consiste à tirer le plus fort possible sur celui qui a les moyens de payer les pots cassés. J'utiliserai toute mon énergie et ma compétence pour défendre l'honorabilité de mon client. Monsieur Maus a une fille enceinte, un fils malade. Sa famille est très touchée. Cette histoire est dégueulasse. On peut ruiner quelqu'un comme ça. J'en connais d'autres qui, sans jamais avoir été condamnés en fin de compte, ne se sont jamais remis de certaines accusations.» Il n'en demeure pas moins qu'Olivier Maus, démissionnaire le 24 novembre dernier, a sans doute pris à la légère les responsabilités qui lui incombaient en tant qu'administrateur.

Me François Canonica, qui a déclenché toute la procédure en déposant mardi une plainte pénale au nom d'une vingtaine d'anciens joueurs du club, adopte une attitude relativement prudente: «Je tiens d'abord à rappeler le sacro-saint principe de la présomption d'innocence dont bénéficient, comme tout un chacun, messieurs Roger et Maus», a-t-il déclaré dans l'intérieur feutré de son étude. Mais ce fair-play de rigueur n'empêche pas un esprit offensif: «Je n'ai déposé ma plainte qu'après l'avoir très soigneusement étayée et je suis serein quant à la suite des opérations», reprend l'homme de loi qui, entre les arriérés de salaires et les contrats signés mais non honorés, estime à 12 millions de francs la somme due à la totalité de l'effectif, droits d'image inclus. «Outre le préjudice financier, mes clients ont subi de graves torts psychologiques. Pensez à certains joueurs étrangers, très jeunes, qui se sont retrouvés à la rue avec femmeet enfants. Au fil des promesses, ils ont été manipulés, déstabilisés, blessés.»

Pour tout cela, qui paiera? La question est sur toutes les lèvres. L'enquête, dont se chargent quatre inspecteurs à plein temps, devra délivrer une réponse. «Je suis en charge du dossier depuis mercredi seulement et il m'est difficile d'entrer dans les détails», temporise Marc Tappolet. «Il y a énormément de documents à examiner, de gens à entendre. Je compte par exemple m'entretenir très vite avec Lorenzo Sanz.» Cela tombe bien: furieux de ne pas savoir ce que sont devenus les 5 millions qu'il a versés à Marc Roger, l'Espagnol ne demande que ça. «Il est important, poursuit le juge, de nuancer les rôles respectivement joués par messieurs Roger et Maus.»

En effet. «Leurs cas sont à la fois très différents et très proches, estime François Canonica. Qu'ils déploient une activité légale ou frauduleuse, la vocation de deux associés est d'être complémentaires. Il y a par exemple eu tromperie en mai 2004, lorsque Servette a obtenu sa licence de jeu. Au lieu d'enregistrer la leçon (ndlr: suite au refus initial de la Swiss Football League), les deux administrateurs ont méprisé les conditions imposées par la Ligue. Olivier Maus s'est engagé, le 19 mai 2004, à verser 800 000 francs en cas de surendettement supérieur à 2,2 millions en fin de saison. Or six jours plus tard, il a demandé en douce à Marc Roger de reprendre cet engagement à son nom. J'ai des doutes quant à leur réelle volonté d'assainir des finances.»

L'avocat genevois de Marc Roger balaie les accusations portées contre son client. «Tout ça, c'est du vent, martèle Alain Marti. Il s'agit d'un montage et je le prouverai point par point, sur la base des documents que je possède.» Joignant le geste à l'intention, l'avocat a déposé jeudi après-midi une demande de mise en liberté en faveur de Marc Roger. Face à la gravité des charges et en raison de risques de collusion ou de fuite pure et simple, le juge Tappolet pourrait, au contraire, prolonger la détention du Français d'ici à mardi prochain.