Pusarla Venkata Sindhu est une véritable vedette en Inde, mais elle n’est ni une icône de cricket ni une actrice de Bollywood. Elle pratique le badminton. Et plutôt bien. Numéro trois mondiale, elle est l’une des favorites des Internationaux de France qui se déroulent jusqu’au dimanche 28 octobre à Paris.

La jeune femme de 23 ans est déjà vice-championne olympique et vice-championne du monde. Cet excellent palmarès, sans être extraordinaire, suffit à faire d’elle une star dans un pays de 1,3 milliard d’habitants où le sport de haut niveau n’est pas très performant, malgré l’exception du cricket et la bonne santé de quelques autres disciplines comme la lutte, l’haltérophilie ou le tir. Avec deux médailles (aucun titre), l’Inde a terminé les Jeux olympiques de Rio en 2016 au 67e rang de l’officieux classement des nations, coincée entre le Venezuela et la Mongolie.

Originaire de la ville de Hyderabad, dans l’Etat du Telangana situé au sud du pays, Pusarla Venkata Sindhu, fille d’un couple de volleyeurs, a récemment franchi les frontières indiennes et celles de son sport. A la surprise générale, elle a fait une entrée fracassante en août dans le top 10 des sportives les mieux payées du monde, selon le classement réalisé par Forbes pour une période d’un an comprise entre juin 2017 et juin 2018.

Entre Venus Williams (sixième) et Simona Halep (huitième), Sindhu figure à la septième position, loin derrière l’incontestable tête du classement, Serena Williams (18 millions de dollars). Le magazine américain chiffre ses revenus à 8,5 millions de dollars: 500 000 dollars de prix en argent et 8 millions provenant surtout de contrats publicitaires et de sponsors. Sans remettre en question l’entièreté du calcul, on peut relever une confusion de Forbes, qui, en guise de prix en argent annuels de la joueuse indienne, a pris en compte tous les gains empochés par Sindhu sur le circuit depuis le début de sa carrière (457 000 dollars exactement).

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Comment une joueuse de badminton indienne peut-elle se retrouver dans un tel classement, isolée au milieu d’une armée de tenniswomen et de l’ancienne coureuse automobile Danica Patrick? A ce titre, la performance olympique de Pusarla Venkata Sindhu à Rio est le déclic de sa notoriété et de sa prospérité. «Sa finale des JO a été l’un des plus grands événements télévisés de l’histoire en Inde. Depuis lors, ses revenus ont explosé. On dit qu’elle est la deuxième sportive la mieux payée en Inde après le capitaine de l’équipe nationale de cricket, Virat Kohli, confie Owen Leed, directeur commercial de la Fédération mondiale de badminton (BWF). Le badminton indien est un marché en croissance, caractérisé par des améliorations en matière d’infrastructures, des investissements plus importants dans les équipements, une meilleure couverture médiatique, etc.»

Dans un entretien à CNBC en 2017, Tuhin Mishra, le directeur général de Baseline Ventures, la société qui gère les intérêts commerciaux de l’Indienne, livrait cette anecdote: «Avant les Jeux olympiques, quand nous contactions les sponsors, souvent on nous répondait: Sindhu… qui?»

«Après Rio, ma vie a énormément changé»

Sur le marché indien, les marques ont longtemps voulu n’être associées qu’au sport national, le cricket. En 2012, grâce à une médaille de bronze à Londres, Saina Nehwal était déjà parvenue à mettre le badminton sur le devant de la scène. Elle avait même signé un partenariat inédit à l’époque d’un montant de 5,7 millions d’euros sur trois ans. Le badminton est passé d’un sport huppé, de classe moyenne supérieure, à un sport de masse, pratiqué par l’ensemble de la classe moyenne.

A la veille de son entrée en lice à Paris, Pusarla Venkata Sindhu est revenue pour Le Monde sur sa notoriété grandissante: «Après Rio, ma vie a énormément changé. Le badminton a gagné en popularité. J’ai été très bien soutenue par le gouvernement, et beaucoup de partenaires m’ont rejointe. Je suis très heureuse d’être dans une liste avec des légendes comme Serena Williams, dit-elle. Je ne suis pas ennuyée que l’on m’en parle tout le temps. C’est stimulant, car les gens attendent désormais beaucoup de moi.»

En effet, la BBC révélait que, pour la médaille d’argent de Pusarla Venkata Sindhu aux JO, l’intéressée avait reçu la somme de 130 millions de roupies, soit environ 1,54 million d’euros, d’aides étatiques et gouvernementales. Dans le même temps, la championne olympique espagnole Carolina Marin avait touché une prime de 82 000 euros pour sa médaille d’or. De nombreux sponsors, pêle-mêle, Bridgestone Tyres, Gatorade Nokia ou encore Panasonic, ont commencé à soutenir la championne indienne.

Preuve de sa notoriété grandissante, un film biographique se prépare pour retracer son parcours. Dans un pays encore conservateur, cette sportive a valeur d’exemple pour les femmes. «Beaucoup de jeunes filles me prennent comme une inspiration. Mes mots pour elles sont simples: travailler dur est l’unique clé du succès dans la vie», déclare la championne au discours policé.

Il faut rappeler qu’elle n’a pas encore remporté le moindre titre international majeur, échouant plusieurs fois sur la deuxième marche du podium. Après le film sur sa (jeune) vie, que se passerait-il en cas de titre olympique dans deux ans, à Tokyo? A Bollywood, une suite peut être très vite lancée.