«Pour l'Union internationale de patinage (ISU), le nouveau système de notations présente au moins un avantage: plus personne n'y comprend rien.» Cette réflexion aperçue sur Internet, dans un forum dédié au patinage artistique, exprime une frustration largement partagée. Abandonné cette année, l'ancien système (dont le caractère subjectif n'échappait pas au grand public) avait occasionné plusieurs scandales, tel le fameux «skategate» des Jeux de Salt Lake City 2002.

De nouveaux repères. Avec le nouveau système (déjà utilisé aux Championnats d'Europe de Turin, en janvier dernier, et qui prévaudra dès aujourd'hui lors des Mondiaux de Moscou), les athlètes ne sont plus comparés entre eux afin d'établir le classement. En d'autres termes, la performance d'un patineur n'est plus jugée relativement à celle des autres. Chaque concurrent est noté sur la base de sa propre prestation, d'après une multitude de critères préalablement définis.

Selon l'ISU, cette réforme apporte une plus grande objectivité, car elle fournit une mesure quantitative de la performance. En outre, elle permet d'appliquer les normes de manière constante, sans égard pour une note maximale, puisqu'il n'existe plus de plafond (anciennement 6,0) auquel les juges doivent se conformer.

Malheureusement, l'exaspérante complexité du règlement tend à brouiller les cartes, ce qui laisse perplexes jusqu'aux plus informés des observateurs: «Des ajustements s'imposent, estime Peter Grütter, l'entraîneur de Stéphane Lambiel. Les juges eux-mêmes ne sont pas convaincus par ce système.»

La note technique. Chaque figure existante (sauts, petits pas, pirouettes) a une valeur ponctuelle qui dépend de son niveau de difficulté. Quand un patineur exécute une figure, celle-ci est identifiée par le spécialiste technique (aidé d'un assistant) et confirmée par un contrôleur technique, qui a accès au ralenti vidéo. Par exemple, un saut n'est pas compté s'il manque plus d'un quart de tour (à Turin, Lambiel avait manqué d'un cheveu un triple Lutz, alors comptabilisé comme un double). La valeur ponctuelle de la figure proposée est automatiquement ajoutée au décompte de points du patineur.

Neuf juges, désignés par l'électronique sur un panel initial de douze, se concentrent sur la qualité des figures en attribuant pour chacune d'elles un degré d'exécution, allant de «–3» à «+3». En fonction de ce degré, une valeur fixe est ajoutée ou déduite de la valeur originale de chaque figure.

Afin d'éviter que les concurrents n'enchaînent mécaniquement le plus de figures possible (dans le but évident d'augmenter leur note technique), le règlement impose une limite de huit éléments de saut pour le programme libre. Au-delà, les figures présentées ne sont plus comptabilisées.

Parmi les notes attribuées par les neuf juges, la plus haute et la plus basse sont supprimées avant d'établir la moyenne des notes restantes.

La note des composantes de programme (ou note artistique). Outre les éléments techniques, les juges accordent des points pour les cinq «composantes de programme» (selon un barème allant de 1 à 10, avec des augmentations de 0,25), à savoir: l'habileté de patinage, les transitions (jeux de pieds et mouvements), la performance et l'exécution (exprimant le style et la synchronisation), la chorégraphie (qualité de composition du programme), l'interprétation (charisme, sens du rythme).

Les notes des composantes de programme sont aussi calculées en éliminant la note la plus haute et la note la plus basse.

La note totale. La note technique additionnée des points attribués aux cinq composantes de programme (note artistique) fournit le score total obtenu. Des déductions sont faites pour les chutes et les infractions au règlement.

Les scores respectifs des qualifications (ce lundi), du programme court (mardi) et du programme libre (jeudi) sont finalement additionnés, livrant le classement final. Signalons encore que le coefficient du programme libre est plus important que celui du programme court, lui même supérieur à celui des qualifications.

L'avis des entraîneurs de Stéphane Lambiel

Peter Grütter: «Le spécialiste technique a un trop grand pouvoir. A chaque compétition, il s'agit d'une personne différente, et ils ne sont pas formés de manière homogène. En outre, l'attribution par les juges des degrés d'exécution des figures me semble encore subjective. A Turin, la Russe Irina Slutskaya n'aurait pas dû gagner.»

Cédric Monod: «Un spécialiste technique corrompu suffirait à faire pencher la balance. Quant aux juges, il leur est difficile d'évaluer simultanément les composantes de programme (note artistique) et les degrés d'exécution des figures (note technique). Les intentions de l'ISU sont excellentes, mais mieux vaudrait un double jury.»