«Genève possède des attraits uniques au monde»

L’ancien partenaire d’Ilie Nastase et coach de Boris Becker s’est brillamment reconverti dans les affaires. Considéré comme l’homme le plus riche de Roumanie, il est propriétaire du tournoi Masters 1000 de Madrid et copropriétaire du tournoi de Düsseldorf, qui déménage au parc des Eaux-Vives. Nous l’avons rencontré fin janvier à Genève lors du SIHH.

Le Temps: Pourquoi Genève? Parce que vous y êtes venu en 1983 avec Guillermo Vilas?

Ion Tiriac: Organiser un tournoi de tennis n’a plus rien à voir avec ce que cela a pu être par le passé. Lorsque j’ai gagné le titre en double à Roland-Garros en 1970, cela m’a rapporté 100 dollars. A Madrid, le prize-money est aujourd’hui de 11 millions de dollars. Nous ne sommes plus du tout dans le même monde. Aujourd’hui, il faut faire du spectacle, du business. Il faut proposer un événement. Au Masters 1000 de Madrid, nous proposons un package VIP unique au monde. Pendant dix jours, nous servons 2700 repas par jour. Les gens peuvent venir à midi et rester jusqu’au soir, ils peuvent se restaurer à toute heure de la journée, ils peuvent regarder les matches, inviter des clients, faire du business.

– C’est possible à Genève?

– Peut-être pas dans les mêmes proportions, parce que Madrid, en termes de sport business, excusez-moi, mais c’est quand même sans égal. Là-bas, d’abord il y a le Real Madrid, puis le Real Madrid, ensuite le Real Madrid et après le tennis. Mais Genève est sensationnelle à tous points de vue. Cette ville possède des attraits uniques au monde. Rien que pour les foires internationales, l’horlogerie, le Salon de l’auto, je viens ici quatre à cinq fois par an. L’aéroport est très bon, l’hôtellerie est excellente, les installations sont magnifiques.

– Est-il vrai que vous perdiez 300 000 euros par an à Düsseldorf?

– Je n’ai jamais perdu d’argent dans le tennis, mais si vous ­montez un business, c’est dans le but que cela rapporte un bénéfice en rapport avec l’investissement.

– Combien investissez-vous dans le tournoi?

– Trois millions de francs.

– Combien de temps pensez-vous rester à Genève?

– Nous avons signé pour trois ans.

– Le principal problème, ce sera l’affiche. Une semaine avant Roland-Garros, il sera difficile d’attirer les meilleurs joueurs. Et le public genevois ne se déplace que pour les grands noms.

– Vous ne savez jamais à l’avance si être placé juste avant Roland-Garros est une bonne chose ou une mauvaise chose. Parfois, c’est une chance pour un joueur qui a besoin de matches. Il y aura déjà Stan Wawrinka, qui est l’un des meilleurs joueurs du monde. Et dans le second choix, beaucoup sont capables de battre les meilleurs.

– Madrid s’est distingué en proposant des innovations spectaculaires, comme des mannequins ramasseuses de balles ou une terre battue bleue. Verra-t-on la même chose à Genève?

– La terre battue bleue, ce n’était pas pour le fun. C’est l’avenir du tennis. Une vision améliorée de 32% pour les téléspectateurs et de 28% pour les joueurs. La première année, il y a eu un problème parce que l’eau remontait. J’ai dépensé 1,5 million de francs pour drainer les terrains. Mais ça n’avait rien à voir avec la couleur.