«Vous voulez des héros? Ici à l'Ironman d'Hawaï, nous débordons de vrais héros, qui n'ont pas besoin d'effets spéciaux ou d'animation pour faire l'impossible», précise le site internet. Et pour cause. 3,86 km de nage dans le ressac, 180 km de vélo dans le désert et 42,195 km de course sur l'asphalte chaud: les épreuves du triathlon le plus célèbre du monde qui se dispute ce samedi confinent à la légende. Conformément aux distances Ironman, outre la natation, les 1824 concurrents n'affronteront rien de moins qu'un marathon et l'équivalent d'une courte course cycliste en ligne, sur un parcours venteux en dents de scie. Pour la 30e édition de l'Ironman d'Hawaï, 902 participants - soit 49% de l'effectif - vivront un baptême du feu aussi volcanique que mythique.

Point culminant des compétitions longues distances qui émaillent le calendrier du triathlon, le défi hawaïen marque les grands débuts de la discipline. En 1977, John Collins, commandant de l'US Navy, décide de rassembler trois manifestations existantes, la course de natation Waikiki Rougwater, la cyclosportive Around-Oahu et le marathon d'Honolulu. But de l'opération? Eteindre une question qui brûle les esprits. Lors d'une épreuve de course à pied à Hawaï, des concurrents se demandaient qui des nageurs, des coureurs ou des cyclistes étaient les athlètes les plus complets.

Sur les quinze audacieux qui prendront le départ, à l'aube du 18 février 1978, douze achèveront la course et le premier à recevoir le titre d'«Ironman» l'accomplira en 11h46. Aujourd'hui, le record est détenu par le Belge Luc van Lierde, premier Européen à remporter l'épreuve en 1996, en 8h04. Les derniers, eux, terminent après 17 heures d'efforts. Pour défier le paradis d'Hawaï, les concurrents doivent se qualifier lors d'une des 23 courses prédéfinies. Ou grâce à une loterie - sur 205 places, 50 sont réservées à des non-Américains - ou en achetant leur qualification aux enchères.

L'homme contre la nature

Si l'Ironman d'Hawaï attire un commerce aujourd'hui florissant, le souffle de l'extrême l'anime pourtant plus que jamais. En 1981, afin d'éviter le trafic d'Honolulu, l'épreuve quitte les plages tranquilles de Waikiki pour les champs de lave de Kona, sur Big Island. Fixé le samedi d'octobre le plus proche de la pleine lune, le mythe se pare alors de densité. Il devient le duel homérique de l'homme contre la nature. Dans la cosmogonie des grands raids et autres expéditions.

Terrain d'exploits lumineux, l'Ironman d'Hawaï déploie aussi d'obscurs affrontements contre la finitude humaine. Ainsi parle l'édition 1982. Alors que l'épreuve consacre un maître nageur californien, une étudiante, en tête de la course, s'effondre sur ses jambes décharnées. Elle franchira la ligne à quatre pattes. Les images font le tour du monde. L'an dernier, c'était celles de Natascha Badmann, sextuple vainqueur de l'épreuve, la clavicule cassée, criant de douleur avant de remonter sur son vélo. La Suissesse avait été renversée par une voiture, le choc brisant son vélo et son casque. Son entraîneur finissait par l'extirper de la course, avant que les médecins ne décèlent les blessures aux épaules les plus complexes qui soient. Depuis, Natascha Badmann se bat contre ses traumatismes.

Samedi pourtant, elle sera au départ. Moins entraînée que jamais, à cours de compétition. Les mouvements du torse lui posent encore problème, et elle n'a repris le vélo que depuis quelques semaines. A 41 ans, que va-t-elle donc chercher dans la galère tropicale? Insensé, commente un site spécialisé français. «Où sont mes vraies limites?», répond l'intéressée dans les colonnes de Sonntag. L'Ironman Hawaï a une devise simple: «Tout est possible.»