La chaleur, à n'en pas douter, fera office de leitmotiv lors du séjour israélien de l'équipe de Suisse. Parce qu'on annonce quelque 28 degrés, samedi soir au stade Ramat Gan de Tel-Aviv, lorsque sera donné le coup d'envoi des éliminatoires du Mondial 2010; et parce que le football, ici, est chose brûlante. «Nous vivons en permanence dans la tension et le conflit, que cela soit sur les plans religieux, politique, économique ou social», résume un rédacteur du journal Haaretz. «Il est donc logique que notre football soit imprégné par ce quotidien.»

Ceux qui persistent à considérer les affaires de ballon comme un jeu en seront, une fois de plus, pour leurs frais. Le championnat de première division - Liga Ha'al -, qui a repris ses droits le week-end dernier, cristallise en effet les haines, les passions et les rancœurs. Pour s'en rendre compte, il suffit d'évoquer le cas d'Abbas Suan, fugace héros national pour avoir inscrit, face à l'Eire, le but qui permit à Israël d'espérer jusqu'au bout une qualification pour le Mondial 2006. Une semaine plus tard, le joueur se rend à Jérusalem avec Bnei Sakhnin, son club d'alors, l'un des rares symboles de la minorité arabe - 20% de la population environ - en Israël. Les supporters du Beitar, à tendance nationaliste dure, l'accueillent avec une banderole - «Tu n'es pas des nôtres» - et des chants - «Tu vas bientôt mourir d'un cancer» - peu amènes.

L'«anecdote», rapportée par l'écrivain James Montague, qui a consacré trois ans d'enquête à son livre «When Friday Comes: Football in the War Zone» (Lorsque vient le vendredi: le football en zone de guerre), en appelle beaucoup d'autres. Un match de foot en Israël, bien davantage que les bleus contre les rouges, c'est les Juifs contre les Arabes, les riches contre les pauvres ou la droite contre la gauche. C'est un creuset de fondements opposés.

Dans ce paysage bouillant, la sélection nationale sert de ciment. Longtemps, l'édifice s'est avéré friable. Il faut dire que l'équipe d'Israël, qui a disputé et perdu (1-3) son premier match en tant qu'Etat indépendant en septembre 1948 aux Etats-Unis, n'a jamais pu œuvrer dans la stabilité.

Ballottée entre les différentes Confédérations du football, elle a successivement participé aux phases qualificatives pour la Coupe du monde sur les continents africain (1962), européen (1966), océanien (1970, 1986, 1990) et asiatique (1974, 1978) - lors de ces deux dernières éditions, le tirage au sort était soigneusement dirigé afin d'éviter toute confrontation avec un pays arabe.

La faiblesse de l'opposition avait certes permis à Israël de participer au Mundial mexicain de 1970, mais, pour progresser, il n'y a rien de mieux que de se frotter aux ténors du Vieux Continent. Tel est à nouveau le cas depuis les éliminatoires de l'Euro 1992. Et depuis qu'elle a accédé aux barrages pour l'Euro 2000, même si elle y fut balayée par le Danemark, la sélection nationale ne cesse de gagner en crédit sur l'échiquier du crampon.

Aujourd'hui dirigée par Dror Kashtan, l'homme qui a remporté six titres de champion et cinq coupes avec quatre clubs différents, Israël doit encore franchir un palier afin de se qualifier pour un rendez-vous majeur. Au sein de l'effectif appelé à défier la Suisse samedi, on trouve, signe de bonne santé, onze éléments qui évoluent dans des clubs étrangers. Dans le sillage de l'emblème Yossi Benayoun (Liverpool), le défenseur Tal Ben Haim (Manchester City), le milieu Tamir Cohen (Bolton) ou l'attaquant Ben Sahar (Portsmouth) ont découvert la Premier League anglaise. Plus personne, désormais, ne sourit à l'idée de se frotter à un bloc réputé pour sa discipline et sa rigueur: l'Espagne, la France, l'Angleterre et la Russie ont d'ailleurs perdu des plumes à Tel-Aviv ces dernières années.

L'équipe de Suisse, pour sa part, garde un souvenir plus que mitigé de sa dernière expédition. Le 9 octobre 2004, elle avait arraché un match nul (2-2) de haute lutte au stade Ramat Gan, tout en perdant Tranquillo Barnetta dont le genou n'avait pas résisté à une agression d'Omri Afek. Personne, au sein de la délégation helvétique, ne souhaite trop s'éterniser sur ce précédent fâcheux. Mais le sélectionneur Ottmar Hitzfeld a d'ores et déjà prévenu qu'il s'attendait à «un dur combat dans un chaudron surchauffé». Parce qu'en Israël, lorsqu'il s'agit de football, la température a vite tendance à grimper.