Nous aurions dû vivre ce dimanche la finale du Championnat d’Europe de football. En raison de la pandémie, l’Euro 2020 a été reporté d’une année (si tout va bien), tout comme les Jeux olympiques d’été de Tokyo. Ces grandes compétitions, souvent décriées, parfois à raison, ont une qualité précieuse, dont on ne prend en général conscience que bien après: une capacité rare à cristalliser un moment, à dire une époque. Ainsi la Coupe du monde de football 1990 en Italie, Italia Novanta, fut-elle la Coupe d’un monde finissant.

Toute cette semaine, nous avons essayé de faire revivre et de comprendre, avec le recul du temps, un moment charnière de notre histoire contemporaine au tournant des années 1990: la chute du communisme, la construction européenne, la fin du miracle italien, la montée des nationalismes, la métamorphose du sport, devenu à la fois un enjeu social et politique et un objet de consommation de masse façonné pour conquérir l’Amérique et le monde.

Le meilleur entraîneur du pays nous a expliqué comment, jeune Allemand, il avait pour la première fois osé être fier de son pays. Un ancien joueur yougoslave naturalisé Valaisan nous a fait comprendre qu’un penalty manqué ou réussi ne changeait pas l’histoire en marche. Il la racontait, voilà tout, avec des images parfois plus qu’avec des mots.


Les épisodes de la série Italia Novanta:


Les mots viennent après. C’est le travail du journaliste que de décrire tout ce qu’il se passe autour d’un match, au-delà de «22 types qui courent derrière un ballon». Ce cliché d’un autre temps a la vie dure. Nous l’avons encore entendu cette semaine à la radio dans la bouche d’un politicien peu touché par la disparition de la Ligue des champions des écrans de la télévision publique. C’est son choix, mais il se prive d’une clé de lecture.

Depuis trois mois, les rubriques sportives des rédactions romandes ont été particulièrement affectées par la crise du Covid-19. Partout on a réduit les pages, demandé aux journalistes de travailler dans d’autres rubriques. S’il n’y avait pas de match, c’est qu’il n’y avait rien à faire. Pourtant, des gymnastes ont dénoncé des abus, des sportives ont manifesté pour ne pas être sacrifiées, des athlètes noirs ont mis un genou à terre. Le sport, une fois encore, était au cœur de son époque.