Le Temps: Votre première médaille remonte aux Jeux de Nagano 1998...

Didier Cuche: Je n’avais pas réalisé que 13 ans déjà s’étaient écoulé depuis Nagano. Cela dit, il y a eu un gros trou entre ma première médaille et les suivantes. Mais c’est magnifique d’avoir une telle longévité et d’arriver encore aujourd’hui dans des conditions très difficiles à aller malgré tout chercher une médaille.

- En voyant la qualité de la neige ce matin, pensiez-vous que c’était encore jouable avec le dossard 18?

- Un athlète dans sa tête voit toujours les possibilités d’aller chercher la gagne même si elles sont petites. Il essaie de se réconforter avec ça. Mais je savais effectivement que ce serait très difficile et qu’il faudrait un peu de chance aussi. Aujourd’hui, les centièmes filaient avec les marques laissées par les athlètes précédents. C’est pour ça que je suis très heureux de cette médaille. C’est une deuxième place que je suis allé chercher et non une victoire que j’ai perdue.

- Comme à Val d’Isère 2009 avec John Kucera, un canadien vous vole l’or...

- (Sourire) Je n’ai aucun problème avec le Canada. Ni avec Erik (Gay). Un vainqueur mérite toujours sa victoire. Car quelles que soient les conditions, il faut malgré tout faire la course parfaite. Que tu partes devant ou derrière. Comme John il y a deux ans, Erik mérite son titre.

- Comment expliquez-vous ces nombreuses chutes dans l’aire d’arrivée?

- La piste est longue, les bosses accentuent la fatigue. Quand on arrive et qu’on est sec, on met les skis en travers et il suffit d’être appuyé contre une bosse au niveau des talons pour être plié en deux et tomber. Il aurait peut-être fallu remonter la ligne d’une vingtaine de mètres. Et en ce qui concerne les bosses et les creux, j’espère qu’elles n’ont pas été préparées volontairement pour rendre la course plus spectaculaire. J’espère qu’elles sont dues à la météo et au contraste entre le chaud et le froid. Mais j’ai quand même du mal à croire qu’on ne parvienne pas à faire une meilleure piste. C’est dommage parce que j’adore Garmisch. J’ai eu énormément de succès ici et je ne veux pas faire des histoires. Mais je m’était promis de dire ce que je pense, même si je gagnais la course. Car même dans ce cas-là, je n’aurais pas pu prétendre que tout est rose est beau. Je suis d’accord que l’on fasses des pistes dures capables de tenir pour tout le monde, mais autant de bosses, ce n’est pas bon.

- Est-ce que cela vous émeut de voir votre maman agiter le drapeau avec « Bravo Didier » dans l’aire d’arrivée?

- Elle ne passe pas inaperçue avec son drapeau neuchâtelois. Certains doivent se demander ce qu’elle fait avec un drapeau italien. C’est super sympa d’avoir mes parents là. Cela fait un lien avec l’association « Porte Bonheur » que je soutiens et qui aide les enfants orphelins suisses. J’ai la chance d’avoir encore mes parents. Ils sont à la retraite et peuvent venir aux courses. C’est magnifique. Ce sont mes plus fidèles supporters. Je fais mon possible pour ne pas leur faire trop de frayeurs. Hier, ils ont dû en avoir une (ndlr: il avait failli chuter dans un saut lors du dernier entraînement).

- Auriez-vus pu faire mieux aujourd’hui?

- Je fais le meilleur temps dans le Tröglhang (ndlr: passage sur le haut), mais j’en avais encore sous le pied. Ca aurait pu se jouer au centième près si j’avais skié dans ce passage comme je l’avais fait à l’entraînement vendredi. Il y a finalement des centièmes qui se perdent un peu partout du fait que la piste n’est pas en parfait état. Mais elle ne l’était pas pour Erik Gay non plus. Il a fait une manche de feu. Moi j’ai essayé de m’approcher de la perfection, mais c’était juste trop difficile aujourd’hui pour parvenir à faire une course comme à Chamonix ou à Kitzbühel.

- Vous êtes le meilleur descendeur de ces dernières années, mais vous n’avez ni titre olympique ni mondial...

- Je crois au destin, aussi bien pour les moments positifs que négatifs. Tout ce qui doit se passer se passe parce que ca a été écrit. On peut faire des choix et changer de chemin, mais au final il est quand même tout tracé. C’est une vision un peu fataliste, mais pour le bon comme le mauvais. Je ne cherche pas à savoir pourquoi j’ai fait deuxième ici ou pourquoi cela n’a pas marché à Vancouver. C’est comme ça. Je pense être du bon côté et avoir de bons résultats. Et sur le plan sportif, j’estime que mes trois globes de descente représentent plus qu’un titre de champion du monde ou olympique. Cela représente une constance, un gros travail de fond et un investissement sur toute une année. Gagner encore et encore est plus difficile que de gagner une fois.