Dimanche matin. Le jour point à peine, l'heure du départ a sonné pour les dix-huit multicoques de 60 pieds. Sur les pontons, l'émotion est à son comble. Accolades, sourires, encouragements… Avant de se retrouver seuls, les skippers font le plein de sentiment. Certains proches ont du mal à maîtriser les leurs. Les yeux s'embrument, quelques larmes fusionnent avec l'incessante bruine.

Ces moments intenses, cinquante-neuf skippers devaient avoir le privilège de les vivre. Parmi eux, le Vaudois Nicolas Peitrequin. Benjamin de l'épreuve du haut de ses 21 ans, le Morgien a tutoyé le rêve, celui d'une première participation à la Route du Rhum. Samedi pourtant, Un-autre-regard-Ensemble pour l'UNHCR, son monocoque de classe 1, est resté à quai. Peitrequin avait résolu un problème d'étai, mais un trou au budget et une volte-face de son assureur l'ont empêché de prendre le large.

Dimanche après-midi, son voilier semblait bien seul dans le bassin Vauban. «J'ai tout fait pour être là, mais il me manquait 80 000 francs pour boucler mon modeste budget, expliquait le Vaudois, dépité. Les sponsors n'ont pas répondu à mes appels, j'ai été victime d'un scepticisme typiquement helvétique. J'aimerais que les gens comprennent, en Suisse, que la voile est un sport capable de véhiculer des émotions uniques.»

Déçu, mais pas abattu, Nicolas Peitrequin devrait se remettre de ce coup du sort. Il est à la recherche de fonds et d'un équipage, afin de prendre le départ de la Route du Cigare, le 26 janvier prochain à Saint-Domingue.