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Jakob Ingebrigtsen samedi 11 août, en tête du 5000 m, qu’il remportera devant son frère Henrik (maillot blanc) et le Français Amdouni.
© TOBIAS SCHWARZ / AFP PHOTO

Athlétisme

Jakob Ingebrigtsen, naissance d’un prodige

Cet athlète norvégien de seulement 17 ans signe un doublé impressionnant de maturité sur 1500 m et 5000 m. L’ambition de son père et l’exemple de ses frères lui ont permis de brûler les étapes

C’était une attraction, c’est devenu un phénomène! En remportant le 5000 m messieurs des Championnats d’Europe d’athlétisme devant son frère aîné Henrik, vingt-quatre heures après avoir gagné le 1500 m, le Norvégien Jakob Ingebrigtsen est devenu la star de ces championnats, et peut-être de l’athlétisme européen pour les années à venir. Si les doublés sont fréquents dans le fond et le demi-fond, l’âge du benjamin de la fratrie norvégienne fait toute la différence: Jakob Ingebrigtsen n’a que 17 ans. Deux ans de moins que Kylian Mbappé.

Sur les deux distances, il s’agit d’un record de précocité. Cet adolescent (il n’aura 18 ans que le 19 septembre) a surpris tous les observateurs par sa maturité en course. Il prenait part à Berlin à ses premiers championnats chez les grands, après avoir tout raflé chez les juniors et ses adversaires (parmi lesquels le Genevois Julien Wanders, 8e du 5000 m malgré un record personnel amélioré de 3 secondes) ne s’attendaient sans doute pas à autant de maîtrise.

Jakob Ingebrigtsen s’est aussi surpris lui-même: «Je n’ai que 17 ans, et je suis déjà double champion d’Europe, s’est-il exclamé. C’est complètement incroyable.» Au moment de placer son accélération décisive à l’entame du dernier tour, il se permit de donner une petite tape dans le dos de son frère Henrik, l’air de dire: «Suis-moi si tu veux une médaille.» Même les Kényans et les Ethiopiens, qui garnissent depuis des lustres le gros des pelotons internationaux, n’ont jamais «sorti» pareil prodige.

Ses tests physiologiques ont «stupéfié les médecins»

L’histoire de Jakob Ingebrigtsen, c’est d’abord la saga d’une famille arrivée à Berlin avec l’ambition de réaliser un triplé inédit et historique sur 1500 m. L’aîné Henrik (27 ans) l’avait déjà emporté en 2012 à Helsinki et le cadet Filip (25 ans) était tenant du titre depuis 2016 à Amsterdam. Mais il était clair que Jakob le benjamin était le plus doué des trois. Ses tests physiologiques auraient «stupéfié les médecins», entend-on à Berlin sans que l’on sache trop d’où vient cette rumeur.

Filip et Jakob avaient réalisé les deux meilleurs chronos de la saison et vendredi soir, en finale du 1500 m, le clan des Ingebrigtsen s’est placé en tête à la mi-course, comme prévu. Filip, théoriquement le favori mais salement blessé au mollet (profonde entaille due aux pointes de ses adversaires) lors d’une chute mercredi en qualification, lâcha le premier. Henrik ne put lui non plus tenir jusqu’au bout. Jakob partit donc seul accomplir son destin, comme si ses aînés n’étaient finalement que les deux premiers étages de la fusée, largués en quittant la stratosphère.

Un patriarche exigeant

La famille, des fermiers et des pêcheurs, est originaire de Stavanger, dans le sud-ouest du pays. Henrik, Filip et Jakob sont entraînés par leur père, Gjert, un autodidacte. Son épouse Tone a paraît-il transmis les bons gènes; lui se charge de les faire fructifier. A la dure. Tout est pensé et planifié dans le seul but de voir triompher l’un des membres de la famille sur les pistes du monde entier. «C’est beaucoup d’entraînement. Nous travaillons vraiment dur», a reconnu Jakob Ingebrigtsen après son doublé.

Le travail, Gjert Ingebrigtsen ne connaît que ça. «Du travail mental aussi bien que physique, a-t-il expliqué à Berlin. Et aussi de la discipline. Et puis un plan à long terme. Qu’il faut toujours suivre, sans jamais le modifier.» Entouré d’une grappe de journalistes dans un escalier du stade olympique, le patriarche s’est seulement dit «surpris par leur force mentale», rapporte le journal L’Equipe.

Une téléréalité en Norvège

Si l’Europe découvre un peu les frères Ingebrigtsen, la Norvège suit cette famille pas comme les autres depuis des années. Ouvertement ambitieux, se revendiquant «les meilleurs» et s’assumant «différents», ils sont une version sportive et norvégienne des Kardashian ou des Osbourne.

La chaîne de télévision NRK leur consacre d’ailleurs un programme de téléréalité depuis 2015. Team Ingebrigtsen dépeint les coulisses d’une vie totalement dédiée à l’effort et à la réussite. On y voit Jakob, 14 ans, avachi dans le salon familial, suivre à la télévision la course de son frère Henrik aux Mondiaux de Pékin en 2015.

On découvre aussi qu’il y a sept enfants en tout. Deux n’ont pas la silhouette suffisamment élancée pour devenir des athlètes de haut niveau (ils sont recyclés comme meneurs d’allure à vélo) mais les deux petits derniers – Ingrid, fillette d’une dizaine d’années, et William, quatre ans – sont clairement programmés pour prendre la suite. «Quand j’avais 9 ans, raconte Filip, notre père nous faisait faire du ski à roulettes le matin dans un parking.» Henrik et lui avouent à demi-mot qu’ils ont sans doute un peu essuyé les plâtres, le paternel n’ayant pas à la base de formation particulière.

Méthode peaufinée avec les aînés

Tous ont tout de suite compris que Jakob avait quelque chose en plus. «A 6 ou 7 ans, il avait déjà des aptitudes physiques incroyables, notamment sur le plan cardio, a expliqué Filip cette semaine à Berlin. Il a aussi bénéficié de tout ce que notre père a appris avec nous. Au début, il découvrait certaines choses, qu’il a pu expérimenter sur Henrik et moi. Altitude, intervalle, musculation, sprint: on a tout essayé. Quand Jakob, qui a 8 et 10 ans de moins que nous, est arrivé, notre père savait exactement ce qui fonctionnait.»

Comme la méthode n’avait tout de même pas si mal marché, le prodige a eu tous les jours sous les yeux des compagnons d’entraînement de haut niveau, des modèles à suivre, des grands frères à imiter et des limites à dépasser.


Les Borlée, tornade belge

Une autre famille a fait parler d’elle à Berlin: les Borlée, fratrie belge du sprint. Vendredi, les jumeaux Kevin et Jonathan ont pris les médailles d’argent et de bronze du 400 m, derrière le Britannique Matthew Hudson-Smith. Samedi, associés à leur cadet Dylan et au champion du monde junior Jonathan Sacoor, ceux que le Plat Pays surnomme les «Belgian Tornados» ont remporté le titre européen du relais 4 x 400 m. Kevin Borlée avait déjà été champion d’Europe (en individuel) en 2010 à Barcelone, puis médaillé de bronze l’année suivante aux Championnats du monde de Daegu. Moins récompensé, son jumeau Jonathan détient le record de la famille – et donc de Belgique – sur leur distance fétiche du 400 m.

«Les gènes ne comptent que pour 20%»

La famille compte encore la sœur Olivia, elle-même médaillée mondiale et olympique avec le relais féminin 4 x 100 m. Originaires de la région de Bruxelles, les Borlée sont entraînés par le père, Jacques. Si la maman, Edith de Maertelaere, était une très bonne coureuse de 200 m, le papa, scientifique de l’effort, ne croit guère à la génétique. «En Belgique, les athlètes sont souvent des enfants d’anciens sportifs et du système, expliquait-il en 2010 à l’AFP. Toutefois, les gènes ne comptent que pour 20%. Tout le reste c’est de la volonté, du travail et de l’organisation.» Et peut-être aussi de l’émulation.

«Depuis que notre papa a lancé ce projet avec Cédric Van Branteghem en 2008, nous avons participé à toutes les finales des championnats où nous étions présents. C’est une histoire incroyable», s’est étonné Jonathan samedi au micro de la RTBF. En dix ans, la famille Borlée a disputé 21 finales et remporté dix médailles.

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© JOHN MACDOUGALL