Au rendez-vous fixé place de l'Eglise, à Veyrier où il s'est fait construire une maison, c'est un homme heureux d'être en tenue de coureur cycliste, souriant à la vie, qui nous attendait hier. Il y a quelques semaines, Laurent Jalabert n'était «pas capable de lever la jambe pour enfourcher le vélo». Chez lui, il passait du «fauteuil au lit», sans autre horizon que le Salève. Sauf pour effectuer quelques séances de physiothérapie en piscine et un travail de rééducation destiné à ne pas laisser fondre les muscles de ses jambes.

Le 12 février, l'ancien numéro un mondial s'était brisé trois apophyses des vertèbres lombaires en tombant d'une échelle. Douze jours d'hospitalisation et des nuits de doute. «Au début, j'ai broyé du noir, je ne voulais pas finir ainsi ma carrière, et j'ai retrouvé l'espoir.» Un mois plus tard, il reprenait l'entraînement avec l'envie d'un cadet et le rythme d'un cyclotouriste: «J'ai fait deux heures à 27 km/heure de moyenne, mais pour moi, c'était une victoire! s'enthousiasme-t-il. Quand je roulais sur un faux plat, j'avais l'impression de monter une côte… Depuis ce 14 mars, je n'ai pas manqué une seule sortie. Je roule jusqu'à quatre heures par jour (n.d.l.r.: hier il s'est entraîné avec Richard Virenque, son voisin de palier). Je me considère comme un coureur, mais, à vrai dire, je ressemble surtout à un cyclo du dimanche qui tire la bourre aux autres et qui finit complètement cuit. Mais l'important, c'est que je ne souffre plus de mon dos…»

Participation probable au Tour de Suisse

L'an dernier, Jalabert avait parcouru 43 000 kilomètres! Cette fois, il n'en aura «que» 13 000 dans les jambes au départ du Tour de France, le 7 juillet prochain, à Dunkerque. Mais cela ne semble pas trop le perturber. «Ce sera peut-être un peu juste pour être opérationnel au début de la course, convient-il. Cependant, pour la première fois, je vais aborder le Tour sans être cramé. Chez Once, nous roulions énormément à partir de l'hiver, et il me manquait toujours de l'énergie pendant l'été. Cette fois, à cause de mon accident, je vais avoir des réserves. Mais attention, je ne tomberai pas de l'échelle tous les ans!», poursuit-il en riant.

Après neuf saisons passées en Espagne, «Jaja», faute de pouvoir revenir en France (c'était son vœu mais, malgré sa popularité, aucun sponsor ne semblait prêt à investir 3 millions de francs sur un coureur de 32 ans), a rejoint une équipe danoise, CSC-World online, candidate à l'une des quatre dernières invitations à participer au Tour de France, qui seront décernées le 2 mai. «Le cyclisme français est en mal de vedettes», fait observer celui qui demeure, depuis dix ans, le meilleur coureur hexagonal. Comme pour dire que la Grande Boucle, déjà privée de Richard Virenque (suspendu jusqu'au 15 août à la suite de ses aveux de dopage) pourra difficilement se passer de lui.

Laurent Jalabert a fixé son retour à la compétition à la date du 25 avril, au départ du Tour de Basse-Saxe, une épreuve allemande mineure, mais où il s'attend «à subir le rythme du peloton». «Les coureurs sont au printemps et moi c'est comme si j'étais toujours en hiver, compare-t-il. je prends le train en marche, je vais souffrir avant de retrouver ma place.»

Pour le citoyen de Veyrier, la route qui mène au Tour de France passera «certainement» par le Tour de Suisse (19 au 28 juin). «Il me tarde de revenir, mais je vais continuer sur la voie de la sagesse parce que la priorité, c'est ma santé.»