«S’ils voyaient voler Janne Ahonen, les oiseaux marcheraient», écrivit une fois la plume subjuguée d’un admirateur. Le Finlandais, icône du saut à skis mondial, suit une trajectoire à la fois belle et accidentée, tendue entre tremplins pour la gloire et pentes savonneuses. Janne Ahonen, c’est 36 victoires en Coupe du monde depuis son premier succès à Engelberg en 1993, 10 médailles aux Championnats du monde dont 5 en or, et 5 triomphes sur la Tournée des Quatre Tremplins (record). En quinze ans, l’homme avait marqué son époque. Il avait tourné la page, rangé son matériel et recommencé à s’alimenter normalement. Début mars 2009, soit un peu moins d’un an après avoir dit stop, il officialise son retour. Pour décrocher l’or olympique à Vancouver, la seule chose qui manque à son palmarès – mis à part le bonheur, peut-être. Il se voit offrir une première opportunité samedi sur le petit tremplin.

Une année de pause, c’était surtout le temps d’apaiser un dos grippé et des genoux grinçants. Janne Ahonen, 32 ans, n’a sans doute jamais complètement débranché dans sa tête. Il a juste fait souffler la machine. «Mon retour a été un événement plus important pour les médias que pour moi», trahissait-il fin décembre, avant la dernière Tournée des Quatre Tremplins. Le Finlandais, double médaillé d’argent du concours par équipe à Salt Lake City 2002 et Turin 2006, poursuit sa quête. Mais tous ceux qui osent insinuer, de manière frontale, que son retour est lié à la conquête de l’or olympique se heurtent à un mur. «Je suis revenu parce que j’aime le saut à skis», répète le phénomène.

«Le Roi des Aigles»

L’amour a tant de visages… Mari de Tija, père de Mico et Milo, Janne Ahonen aime le saut à skis. Dans l’autobiographie qu’il a publiée sous la houlette du journaliste Pekka Holopainen, il raconte toute la dévotion portée à son sport – sa discipline. Il dévoile aussi l’envers du décor. Lui, le taiseux mélancolique qui pourrait sortir tout droit d’un film de Aki Kaurismäki, a enfin parlé. Dans Le Roi des Aigles – Ma vie de sauteur à skis, il partage ses ennuis avec la police sud-coréenne, il fait revivre sa monstrueuse gamelle de Planica où, encore saoul de la veille, il avait effectué un bond foireux de 240 mètres pour atterrir à l’hôpital. Durant son année sabbatique, Janne Ahonen a levé le voile sur les excès d’alcool et les affres de l’anorexie, si courants dans le milieu. Lorsqu’on lui a demandé, une fois son retour officialisé, s’il n’était pas préférable d’édulcorer son ouvrage, il a préféré maintenir la vérité. Si dure soit-elle.

Le Finlandais s’est toujours considéré comme trop lourd, doté d’une carcasse non adaptée au saut. Il est au contraire l’athlète parfait en la matière. Avec 1m84 pour 66 kilos selon les derniers pointages, il constitue un projectile à la fois puissant et léger. Mais pour aboutir à un tel «équilibre», il n’y a qu’un seul moyen: jeûner. D’après les spécialistes, sur un grand tremplin, on peut sauter 1,7 mètre plus loin par kilo perdu. C’est ainsi qu’à l’aube de chaque saison, Janne Ahonen posait – pose encore? – huit unités en trois semaines, avec une ration quotidienne de 200 calories dans l’assiette. Au menu: müsli et yaourt le matin, müsli tout court le soir, et rien entre les deux. A part du café, des boissons énergisantes et des cigarettes pour couper les effets de la faim qui, parfois, mène jusqu’au malaise.

Ses cinquièmes Jeux

Janne Ahonen aime le saut à skis et ce dernier le lui rend bien. Avec l’éloquence d’un fer à repasser, il est devenu le sportif finlandais le plus populaire. «Sur un tremplin, il fait ce qu’il veut; les autres font ce qu’ils peuvent», résuma un jour Mika Kojonkoski, entraîneur référentiel de son état. S’il fait ce qu’il veut, le goéland de Lahti passera enfin une médaille d’or olympique autour de son cou. Déjà présent à Lillehammer en 1994, il aborde ses cinquièmes Jeux à Vancouver. Il est toujours passé à côté du podium individuel, plus ou moins loin. La dernière opportunité sera-t-elle la bonne? Quoi qu’il en dise, c’est pour cela qu’il est revenu.