Seize participations. Trois victoires. Le Breton Jean Le Cam a remporté vendredi

la trentième édition de la Solitaire du Figaro et a rejoint du même coup Philippe Poupon au rang des triples vainqueurs de l'épreuve. Pourtant, quinze jours avant le départ de la course, celui que l'on surnomme le Roi Jean ne savait pas s'il allait prendre le départ. Faute de sponsor. Mais la solidarité entre vieux loups de mer étant ce qu'elle est, Philippe Poupon a plaidé la cause de son ami Jean auprès de son partenaire Fleury Michon… et voilà les deux compères formant une écurie.

«Je suis l'homme des scénarios. Cela a toujours été extraordinaire que ce soit dans les pleurs ou dans les rires», commente le vainqueur du jour, titubant légèrement sous l'effet de la fatigue et du champagne. Souvent peu loquace, il a aujourd'hui la langue plutôt bien pendue. «Je suis heureux et fatigué. Mais avec la fatigue, il suffit de se reposer pour que ça passe alors que le bonheur…» Vainqueur de

la première étape, second de la deuxième, Jean Le Cam a franchi vendredi la ligne d'arrivée de la troisième et dernière étape à 17h04'06, soit 1h07'22 derrière le Breton Gildas Morvan.

Mais sa victoire au général, un classement au temps, dépendait du résultat d'un troisième Breton, Eric Drouglazet. Au moment du départ de la troisième étape, les deux hommes étaient quasiment à égalité, Le Cam ne devançant Drouglazet que de 4 minutes et 49 secondes, soit un des plus petits écarts en temps constatés avant le départ d'une dernière manche en trente ans d'histoire de la Solitaire du Figaro. Les deux Bretons allaient donc livrer un passionnant duel. «Pour le coup, ça s'est passé comme un duel», précise Le Cam. Il raconte cette dernière bagarre: «Eric est très très bien parti. Moi très très mal. Me voilà derrière avec quelque 44 bateaux devant moi. Ça fait du travail! Donc ça commence comme ça… Puis au virage de l'Espagne, au Cap Finistère, je les ai vus tous partir au large et j'ai décidé d'aller tout droit

le long des côtes. Là, j'ai touché

un petit jackpot. Résultat des courses, je me retrouve troisième à la bouée du golfe de Gascogne derrière Morvan et Drouglazet. Là je me dis, tout va bien: c'est celui qui va s'énerver le premier qui va perdre.»

Et de continuer son récit: «Je n'avais pas prévu qu'un sac plastique pris dans ma quille allait me pourrir la vie. Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite et je ne comprenais pas pourquoi je n'avançais plus. Je me disais: «Mon bateau ne m'aime plus.» Cette plaisanterie m'a fait perdre du terrain. Mais j'étais prêt à attaquer jusqu'au bout. Et ce matin, quand le jour s'est levé, j'ai vu deux voiles blanches, celle de Morvan et celle de Drouglazet, mais pas dans l'ordre que j'imaginais. Eric n'était pas bien placé par rapport au vent et au courant. J'ai réalisé qu'il y avait une ouverture, un truc à jouer. Et c'est là que j'ai gagné ma course.»

Il est toujours sur le ponton. Son frère l'attend pour l'emmener signer la petite feuille qui prouve que l'on est bel et bien arrivé. Le Cam lui emboîte le pas, puis revient sur ses pas: «J'aime bien les films qui se terminent bien. En l'occurrence, je préfère une fin comme ça. C'était Eric ou moi. C'est tombé sur moi. Tant mieux pour moi. Ce qui n'empêche qu'Eric a fait une course remarquable. Il a toujours été

là. Allez, je vais signer ce petit papier.» Le Roi Jean quitte le ponton sous les applaudissements du public venu nombreux dans le petit port de Douarnenez. Pendant ce temps-là, un groupe de bateaux est annoncé vers la ligne d'arrivée. Eric Drouglazet est cinquième.

Il garde sa deuxième place au général devant Gildas Morvan. Un podium breton pour une trentième édition plutôt bretonnante: Brest-Brest, Brest-Bayona, Bayona-Douarnenez.