Au prix d'un travail colossal, Jean Todt a remis l'écurie Ferrari sur la piste du succès. Il devrait en être heureux. Pourtant, le Français, éternel insatisfait, préfère s'inquiéter de l'avenir, malgré la victoire de Rubens Barrichello, dimanche dernier, à Silverstone. Ainsi s'étonne-t-il simplement d'être resté dix ans à la tête de la Scuderia et d'avoir échappé aux intrigues politiques qui balayaient les couloirs de l'écurie à son arrivée, le 1er juillet 1993.

«Mon premier contrat était d'une durée de deux ans et demi. Je m'y suis accroché avec pour principal objectif de tenir la distance (Jean Todt a récemment renouvelé son contrat jusqu'à la fin de la saison 2006, comme la plupart des cadres de l'équipe et de Schumacher lui-même, ndlr). Tout le monde me prédisait un échec. Ce fut une motivation supplémentaire.» Le Français est entré chez Ferrari comme on entre dans une cathédrale. «Le poids de l'histoire et du mythe y est incroyable, mais quand je suis arrivé, cette écurie n'était plus adaptée à la Formule 1 moderne.» Alors les grands travaux du petit Napoléon français ont commencé. «En fait, on a tout changé.»

La force de Jean Todt fut aussi d'attirer en Italie les plus grands techniciens de la F1. A l'époque, la magie du nom Ferrari ni même les salaires astronomiques n'étaient plus suffisants. Trois ans après son arrivée, Michael Schumacher, alors double champion du monde sur Benetton, s'est laissé séduire à son tour.

Le directeur sportif reconnaît que la présence du champion allemand est déterminante dans les succès de son équipe. Mais ce n'est pas l'unique raison. «Michael est un type extraordinaire. Je suis l'un de ses amis, tout en étant son patron. Mais s'il n'a pas la bonne voiture, le bon moteur, la fiabilité, les bons pneus et la bonne stratégie, il ne va pas gagner. Et s'il fait mieux avec ce qu'il a dans les mains, c'est pour cela qu'il est mieux payé que les autres.»