Parce qu'il a rencontré, adolescent, un peintre ayant provoqué chez lui une sorte d'illumination, Jean-Blaise Evéquoz est devenu à son tour artiste peintre. Toutefois, avant de suivre, dès l'âge de 23 ans, les beaux-arts de Florence, le Valaisan a mené une carrière d'escrimeur de haut niveau. Un choix judicieux qui lui a valu d'obtenir une médaille de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 ainsi qu'un titre de vice-champion du monde par équipes en 1977. Et de remporter aussi, entre autres, le GP de Berne 1978 et la Coupe du monde 1981, à Paris. Aujourd'hui, Jean-Blaise Evéquoz pratique l'escrime et la peinture avec un égal bonheur. Tantôt il sert de sparring partner aux talents en devenir de la Société d'escrime de Sion – comme par exemple la jeune Sophie Lamon, cham-

pionne du monde junior 2000 à l'épée (LT du 11 mai). Tantôt il s'installe face à son chevalet.

Jean-Blaise Evéquoz a été élu récemment «artiste suisse du monde du sport» pour l'année 1999. Une distinction attribuée par les membres de l'Association suisse des journalistes sportifs qui lui vaut d'exposer une trentaine de ses toiles, jusqu'à vendredi, dans l'une des salles de la Maison du sport, à Berne. Le vernissage de l'exposition s'est déroulé lundi soir en présence de nombreux invités. Notamment le Bernois René Burkhalter, président de l'Association olympique suisse. Le Sédunois n'a pas volé sa récompense tant ses œuvres, orientées sur l'homme et ses émotions, sont puissantes. «Je ne vis pas dans la rupture et la recherche, mais dans la quête d'être, explique-t-il. Je m'appuie sur le passé pour exprimer quelque chose d'aujourd'hui. Mon inspiration vient de la conscience que j'ai prise un jour d'être inséré dans le monde. Comme je l'observe, je peins ma relation avec lui et non pas le monde lui-même. Ce que je souhaite, c'est toucher l'inconscient collectif. Autrement dit m'adresser au maximum de personnes possibles». C'est pour cette raison que Jean-Blaise Evéquoz ne peint que peu les sportifs. «Je ne suis pas un sportif qui a fait de l'art, mais un artiste qui a pratiqué le sport», aime-t-il d'ailleurs à répéter.

Pour le Valaisan, le sujet traité ne revêt que peu d'importance. Il n'empêche. On retrouve souvent des femmes sur ses toiles. «Je peins ce que j'aime. Et comme j'aime les femmes...» Et de

rendre un hommage appuyé à son épouse, Françoise Carruzzo, elle-même artiste peintre, quand un photographe vient lui demander: «Jean-Blaise, pourriez-vous poser pour moi devant votre tableau préféré s'il vous plaît?» «Mais c'est Françoise, mon tableau préféré», lui lance alors l'escrimeur artiste peintre. Pour traduire son dynamisme dans sa peinture, Jean-Blaise Evéquoz utilise des couleurs intenses.

Audacieuses parfois. On lui glisse le mot «agressives». Il répond: «Je n'aime pas ce terme. La couleur que j'utilise est pulsionnelle et naturelle», tout en concédant qu'effectivement, il aime les teintes vives. Le Valaisan explique: «A Florence, mon prof m'a dit un jour «Je peux tout t'enseigner. Sauf la couleur». Alors je me suis débrouillé tout seul. J'essaie de faire bouger les couleurs intérieures et extérieures. Il y a des scènes dans mes tableaux, mais pas de mouvements.»

Pour se mettre en état de créativité, Jean-Blaise Evéquoz – qui a fait des études de droit – s'installe au piano. «Généralement, je peins quotidiennement vers 10 h 30 le matin et 16 heures l'après-midi. Jusqu'ici, il a exposé dans nombre de grandes villes: Tokyo, Lisbonne, Singapour, Genève, Orlando, Chicago, Florence (où il a résidé onze ans durant), Amsterdam, Lausanne (au Musée olympique, il y a deux ans) ou encore Tampa. Jean-Blaise Evéquoz vit de son art depuis qu'il est sorti des beaux-arts florentins. Il y a quatre ans, il avait présenté une quinzaine de ses toiles à

Buckhead, le quartier chic

d'Atlanta, lors des JO d'été 1996. Il partageait un coin de galerie avec la regrettée athlète américaine Florence Griffith-Joyner, elle-même artiste peintre et surtout recordwoman du monde du 100 m et du 200 m. Cet automne, Evéquoz, qui a deux enfants d'un premier mariage, aimerait exposer à Sydney, dans le cadre des JO. L'homme ne le dit pas, mais il s'offrirait ainsi la possibilité de marier une nouvelle fois ses deux passions de toujours, le sport et la peinture.

Exposition Jean-Blaise Evéquoz, Maison du Sport, Laubeggstrasse 70, Berne. Ouverte chaque jour de 8 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h. Autoroute, sortie Bern-Ostring. Depuis la gare CFF, bus No 12 jusqu'à Schosshalde.