La polémique n'a plus sa raison d'être. Le moment est venu de laisser la place à la partie sportive du Tour de France. Vendredi, au Puy-du-Fou, le discours de Jean-Marie Leblanc, le directeur de la Grande Boucle, se voulait surtout apaisant. «En arrivant en Vendée, nous avons enfin pu quitter l'ambiance juridique dans laquelle nous nous débattions depuis quelques semaines. Nous avons retrouvé le vrai visage du Tour.»

Même si les déclarations ne recherchent plus l'affrontement, il est difficile de tirer un trait sur une semaine agitée. Les organisateurs n'ont toujours pas digéré le coup de force de lundi réalisé par la commission de discipline de l'Union cycliste internationale (UCI) les obligeant à accepter sur le Tour la présence de Richard Virenque et de Manolo Saiz, le directeur sportif de l'équipe espagnole Once (lire nos éditions du 30 juin). «Nous sommes légalistes, nous nous plions donc à ces décisions», explique Jean-Marie Leblanc. Puis: «J'ai parlé quelques minutes avec M. Saiz vendredi matin avant la conférence des directeurs sportifs. Nous avons convenu de rétablir une relation normale de commerce. Le climat est apaisé et, de mon côté, l'incident est clos.»

Idem en ce qui concerne les relations entre la Société du Tour et Hein Verbruggen, le président de l'UCI. «Nous avons l'habitude, lorsque nous nous retrouvons durant le Tour, de faire un petit jogging ensemble. Nous l'avons fait ce matin.» Cinquante minutes actives qui apparemment ont permis d'ajuster les longueurs d'onde. Jusque dans les locaux de l'organisation, puisque le président de l'UCI s'est vu attribuer le bureau contigu à celui de Jean-Marie Leblanc. «La course dure trois semaines. Il n'est pas possible de maintenir un tel état de tension.»

«J'ai appris que mes discours faisaient rire les coureurs»

Pour montrer la voie, les deux personnalités ont décidé de s'adresser solennellement aux équipes dans la soirée de vendredi. «Tous les membres devront être présents, des coureurs aux assistants médicaux – que l'on appelait soigneurs par le passé –, en passant par les directeurs sportifs et les mécaniciens. Nous allons les mettre en garde contre la pratique du dopage. C'est une première, car les années précédentes, seuls les responsables de formation recevaient ces indications», continue le directeur du Tour depuis 1988. Une nouvelle démarche imposée par les mœurs passées: «J'ai appris que mes discours faisaient bien rire les coureurs. Alors j'ai décidé de leur parler directement.»

Toujours concernant le dopage, le Français qui fêtera ses 55 ans le 28 juillet, se dit «bien conscient» que le phénomène ne sera jamais totalement éradiqué. Néanmoins, il est persuadé que, depuis une année, les mentalités ont changé: «J'ai constaté une réelle prise de conscience dans le peloton.» Qu'en est-il des contrôles qui seront pratiqués durant les trois prochaines semaines? «En tant qu'organisateurs, nous n'avons pas pris de décision sur ceux-ci. Cependant, l'UCI possède aujourd'hui des informations précises sur chaque coureur. Celles-ci devraient permettre de mieux cibler les coureurs contrôlés, de mieux traquer ceux dont on pourrait supposer qu'ils n'ont pas compris la leçon.» En clair, les contrôles demeurent inopinés, ce qui signifie que les coureurs ne sont pas avertis du moment, mais le hasard ne déterminera plus le choix des personnes.

Outre le feuilleton Virenque-Saiz, le choix des équipes invitées à participer au Tour de France a causé bien des soucis aux organisateurs. Après l'exclusion de TVM et de Vini Caldirola, ils ont dû se pencher sur le cas de Deutsche Telekom, accusé de dopage organisé par un hebdomadaire allemand, de Festina, dont un soigneur a été arrêté en possession de produits interdits, et finalement de Lampre, jeté dans la tourmente à cause d'un sac poubelle au contenu compromettant récupéré par un photographe. «Mais dans tous ces cas, les faits n'étaient pas suffisamment convaincants pour prendre la responsabilité d'exclure ces équipes. La probabilité que les coureurs n'aient à répondre d'aucune faute est trop grande.»

Impossible non plus pour Jean-Marie Leblanc d'éviter les questions au sujet de la justice. Celle-là même qui était intervenue à plusieurs reprises durant le Tour de France 1998. A-t-il négocié avec les autorités judiciaires de manière à pouvoir offrir une compétition plus calme? «Absolument pas. En France, la justice est indépendante et nous ne pouvons pas intervenir. D'ailleurs, je ne le veux pas. Car sans ses interventions, il n'aurait jamais été possible de mettre au jour des trafics comme celui ayant cours dans l'équipe Festina ou celui du «pot belge» à Poitiers (n.d.l.r.: 31 personnes ont été mises en examen le 22 juin 1999). Néanmoins, nous avons lancé des appels à la trêve pour la durée du Tour, à moins, bien sûr, d'affaires d'extrême importance. Car l'équité de la course est en jeu. Une équipe qui doit se soumettre à des interrogatoires après une étape ne peut récupérer correctement. Quant à savoir si nous avons été entendus, je ne le sais pas.»

Concernant la participation de Richard Virenque, le patron a répété qu'il sera considéré comme tous les autres coureurs. Mais quelle serait sa réaction si le coureur de Polti gagnait l'épreuve? «Ce n'est qu'un cas de figure. Mais s'il se concrétisait, ce serait un camouflet pour de nombreux coureurs et équipes. De toute manière, je pense que ce ne serait pas la meilleure chose qui puisse se passer actuellement.»