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Timea Bacsinszky s’est inclinée contre Jelena Ostapenko. Les deux joueuses fêtaient leur anniversaire le même jour, sur le Central de Roland-Garros.
© FRANCOIS XAVIER MARIT / AFP PHOTO

Tennis

Jelena Ostapenko, histoire d'«Ooohh» sur le Central

Timea Bacsinszky ne disputera pas la finale de Roland-Garros samedi. Battue 7-6 3-6 6-3, la Vaudoise n’a rien à se reprocher. Elle est simplement tombée sur plus forte: Jelena Ostapenko, petit phénomène, grande révélation

Ne cherchez plus. Le tennis féminin tient sa nouvelle star. Elle s’appelle Jelena Ostapenko et disputera samedi la finale du simple dames des Internationaux de France contre la Roumaine Simona Halep. La Lettone, qui fêtait jeudi ses vingt ans, a estomaqué le public de Roland-Garros et estoqué Timea Bacsinszky, éliminée 7-6 3-6 6-3.

Inconnue en débarquant Porte d’Auteuil voici quinze jours (elle n’était même pas la numéro un en Lettonie), Jelena Ostapenko a tout pour devenir rapidement la nouvelle coqueluche de la WTA. Son jeu extrêmement spectaculaire et son fort tempérament en font une personnalité hors norme dans un univers assez conformiste et trop aseptisé. Elle n’est pas forcément très intéressante en interview mais c’est sur le court qu’elle s’exprime le mieux.

Exprimer mes émotions m’aide à mieux me sentir sur le court, mais parfois je devrais mieux me maîtriser

Jelena Ostapenko

Plus grimaçante au service qu’Al Pacino dans Scarface, elle n’a de cesse de manifester son exaspération, sa frustration, sa rage de vaincre, bref ses émotions, par de grands mouvements des bras ou des paroles explicites en direction de sa loge. Elle vit, et elle joue comme elle vit. «Exprimer mes émotions m’aide à mieux me sentir sur le court, mais parfois je devrais mieux me maîtriser», explique-t-elle en conférence de presse, où elle retrouve des postures d’écolière plus appliquée qu’impliquée.

Prise de risque total

Pour sa première sur le Central, Jelena Ostapenko a fait étalage d’un tennis incroyablement agressif sublimé par une prise de risque totale. Son coup droit a paraît-il été chronométré plus rapide que celui d’Andy Murray. On ne sait pas si c’est vrai mais le fait que cela soit plausible est déjà un exploit. «D’ordinaire, mon revers est mon meilleur coup», relativise-t-elle. Tant pis pour les 45 fautes directes (qui ne tente rien n’a rien): ses coups de fusil (50 coups gagnants au total) ont arraché des «Ooohhh» stupéfaits, puis admiratifs, aux spectateurs. En tennis, laisser l’adversaire à bonne distance de la balle est la preuve ultime qui sépare le talent du génie.

Ostapenko constamment à l’attaque

Les statistiques disent que les deux joueuses furent extrêmement proches. Même nombre de breaks (huit chacune), quasiment le même nombre de points (106 pour Ostapenko, 105 pour Bacsinszky) et des pourcentages similaires sur tous les aspects du jeu. A l’oeil nu, l’avantage allait clairement à Ostapenko, constamment à l’attaque. Comme il y avait du vent, c’était un peu la fable du chêne et du roseau, avec Bacsinszky dans le rôle de la brindille qui plie, qui ploie et qui finit quand même par rompre.

Je voulais l’emmener dans un match long parce que le combat physique, je savais que j’allais le tenir

Timea Bacsinszky

Timea Bacsinszky espérait gagner ce match à l’expérience, à la tactique. Elle y est presque parvenue. La Vaudoise s’attendait bien à voir passer quelques missiles sol-sol mais pensait pouvoir user, fatiguer et pour tout dire énerver, sa jeune adversaire. «Je voulais l’emmener dans un match long parce que le combat physique, je savais que j’allais le tenir», expliqua-t-elle après la rencontre. Cette stratégie s’appliquait à la Jelena avec laquelle elle disputa quelques doubles l’an dernier.

J’ai disputé mon meilleur Roland-Garros. De bout en bout, c’était plus constant, plus construit qu’il y a deux ans

Timea Bacsinszky

Celle qui marche sur l’eau depuis fin mai est une autre joueuse. «Elle bouge beaucoup mieux, ce qui lui permet d’exploiter son timing et son intuition, constate Bacsinszky. Elle s’est aussi développée physiquement et a appris à canaliser ses émotions.» La jeune Lettone surmonta ainsi la perte de la deuxième manche pour accélérer encore dans le troisième set. De guerre lasse, la Suissesse cédait sur sa première balle, un énième coup droit d’Ostapenko frappé croisé pleine ligne.

«Je ne peux regretter que quelques occasions manquées dans le premier set. Pour le reste, j’ai disputé mon meilleur Roland-Garros. De bout en bout, c’était plus constant, plus construit qu’il y a deux ans», positiva la Vaudoise.

Capitaliser sur son parcours

Arrivée à Paris en manque de repère, elle devra désormais capitaliser sur son parcours sans s’appesantir sur son issue malheureuse. «En 2015, j’ai vraiment cru avoir raté la chance de ma vie [après sa défaite en demi-finale contre une Serena Williams prenable]. J’y ai pensé trop longtemps, cela m’a pesé. Avoir eu une seconde chance va me redonner confiance.»

Timea Bacsinszky aurait mérité de rester sur le Central et de recevoir, avec Jelena Ostapenko, l’ovation du public, mais l’usage moderne impose au perdant de rassembler ses affaires séance tenante et de quitter la scène. Cruel pour Bacsinszky. C’était aussi son anniversaire.

C’est donc pour Ostapenko seule que le Central chanta «Joyeux anniversaire». Le public rêve de la voir triompher de Simona Halep samedi en finale. Un seul joueur jusqu’ici a remporté à Roland-Garros le premier titre de sa carrière. Le Brésilien Gustavo «Guga» Kuerten, le 8 juin 1997. Le jour de la naissance de Jelena Ostapenko.


Wawrinka, Connors et le cordage mûr

Une étonnante statistique émaille l’avant-match de Stan Wawrinka contre Andy Murray vendredi sur le Central (à partir de 13h). A 32 ans et 75 jours, le Vaudois est le joueur le plus âgé en demi-finale de Roland-Garros depuis Jimmy Connors en 1985. L’Américain était âgé de 32 ans et 280 jours, mais dans nos souvenirs, c’était un vétéran sur le retour, un vieux grognard plein de douleurs et de rogne qui aggravait son arthrose en s’arc-boutant à sa raquette métallique. C’était un autre temps, où Björn Borg prenait sa retraite à 26 ans…

Aujourd’hui, les cinq meilleurs joueurs du monde sont trentenaires. L’âge moyen du Top 100 est de 29 ans. Au dernier Open d’Australie, le tableau masculin (128 inscrits) comprenait 46 joueurs de plus de 30 ans et 10 de plus de 35 ans. Un joueur comme Stan Wawrinka est parvenu à maturité à 28 ans. Dans un tennis de plus en plus physique, il lui a fallu des années pour se faire une «caisse» de vainqueur de Grand Chelem. Loin d’être usé (même si son corps commence à envoyer des signaux d’alerte), il est dans la plénitude de ses moyens et compte en profiter encore quelques années.

(L.FE)

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