Roland-Garros

Jelena Ostapenko, little Miss Sunshine

Véritable boule d’énergie, la souriante Lettone dispute ce jeudi la demi-finale de Roland-Garros contre la Vaudoise. Le jour de leurs anniversaires respectifs, de 20 et 28 ans

C’était en tout début de tournoi, sur le court N° 17. Un deuxième tour du tableau féminin, programmé en ouverture de journée. Il n’y avait qu’une centaine de spectateurs, dont Le Temps, à la recherche de la nouvelle star. Comme beaucoup, nous étions plutôt venus pour l’autre joueuse, la Portoricaine Monica Puig, la championne olympique de Rio. Et puis, bien vite, on n’a plus vu qu’elle. Jelena Ostapenko.

A ce propos: Roland-Garros à la recherche de la nouvelle star

Pétulante et pétaradante, elle nous fit ce matin-là l’effet d’une comète à queue-de-cheval. Une boule d’énergie qui frappait vite et fort, les joues à peine rosies par l’effort, insensible au score. Il émanait de son aplomb, de ses grimaces de gamine qui semblait toujours se retenir de rire, une sorte de charisme adolescent. Petite peste ou petit ange, difficile de trancher mais il était évident qu’elle irait loin.

Un tennis saute-au-paf

Huit jours plus tard, voici la 47e joueuse mondiale en demi-finale de Roland-Garros, dont elle est la plus jeune participante depuis Ana Ivanovic en 2007. Elle a avancé dans le tableau avec toujours ce même tennis saute-au-paf, droit au but, parfois déroutant (elle commet beaucoup de fautes directes) mais exécuté avec une fraîcheur de débutante et fêté avec une jubilation juvénile. Contre Puig (41e mondiale) puis contre Lesia Tsurenko (42e), Samantha Stosur (22e) et Caroline Wozniacki (12e), Jelena Ostapenko a à chaque fois battu des joueuses mieux classées et plus expérimentées. Trois fois, elle a surmonté la perte du premier set, ce qui dénote une force de caractère certaine et pas mal d’assurance.

«Elle n’a peur de rien»

La semaine dernière sur le court N° 17, elle n’avait pas encore vingt ans. Elle les fêtera jeudi 8 juin contre Timea Bacsinszky qui, elle, célébrera ses 28 ans. Les deux adversaires se connaissent, s’apprécient, ont joué ensemble en double l’an dernier et s’étaient amusées de partager la même date d’anniversaire. Autre chose avait surpris Timea: «Sa fougue! Elle semble ne jamais ressentir aucune pression et n’a peur de rien.»

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Jelena Ostapenko lui succéda mardi soir en salle de presse principale. Un honneur auquel elle n’a droit que depuis deux jours. Avant cela, elle s’asseyait sur un canapé dans le hall, face aux rares journalistes russes (ou suisse) qui s’étaient déplacés. En tête à tête ou en groupe, elle répond aux questions avec la même bouille rigolote et les évacue sans plus de calcul ni de ménagement qu’elle renvoie les balles.

La révélation de 2017?

Mardi soir, le parterre garni de journalistes soudain avides de détails en fut pour ses frais. Rien de vraiment intéressant, sinon que cette ancienne danseuse de salon (tango, valse, paso-doble) aime surtout la samba. Par une malice du destin, elle était récemment en finale à… Charleston. Car pour être la révélation de ce Roland-Garros, l’étonnante Lettone ne sort pas totalement de nulle part. Vainqueur de Wimbledon juniors en 2014, elle a fait son apparition dans le top 100 en 2015, dans le top 50 en 2016. Cette année, elle a passé trois tours à l’Open d’Australie (défaite 10-8 au troisième set contre la numéro deux mondiale Karolina Pliskova) et a été demi-finaliste à Prague.

Gagner le tournoi? «Pourquoi pas…»

Elle n’a encore gagné aucun tournoi mais pourrait bien déflorer son palmarès avec un Grand Chelem. «Pourquoi pas?», répond celle à qui décidément rien ne fait peur. Pourtant, elle admet que «la terre battue n’est pas (s)a meilleure surface. Mais celle de Roland-Garros est différente, plus vive. Cela convient à mon jeu.»

En avril dernier, à Monte-Carlo, Alexander Zverev s’était plaint de devoir jouer au tennis le jour de ses vingt ans (pour prendre 6-1 6-1 contre Rafael Nadal, certes…). Jelena Ostapenko ne boudera pas son plaisir. Les deux révélations de la saison sont des contemporains. «La génération 1997 est très forte. Nous sommes nombreuses dans le top 50», souligne la Lettone. On peut citer la Russe Daria Kazatkina (28e), la Croate Ana Konjuh (30e), la Japonaise Naomi Osaka (55e), et Belinda Bencic lorsqu’elle en aura fini avec ses blessures. 1997 fut une grande année pour le tennis féminin, on le savait à l’époque avec Martina Hingis; on est en passe de le redécouvrir.

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