Tournoi féminin

Jelena Ostapenko, un tennis à sensations fortes

La 47e joueuse mondiale a renversé samedi Simona Halep (4-6 6-4 6-3) dans une finale haletante. Le tennis féminin s’est trouvé une nouvelle petite merveille

Depuis 1933, aucune édition du tournoi féminin de Roland-Garros n’avait échappé à une joueuse classée parmi les têtes de série. La Coupe Suzanne-Lenglen revient cette année à une jeune fille qui a commencé son tournoi dans l’anonymat du court numéro 17 (Le Temps y était), qui a fêté ses 20 ans en demi-finale contre Timea Bacsinszky, et qui a dominé ses nerfs et Simona Halep dans une finale haletante (4-6 6-4 6-3 en 1h59 de jeu). Le tennis féminin s’est trouvé une nouvelle championne.

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Cette farouche combattante qui contient tant bien que mal son fort tempérament sur le court se mue sitôt le match terminé en une jeune fille placide qui observe avec un petit air satisfait et en se retenant de pouffer la stupéfaction qu’elle provoque. Avec elle, pas de larmes ni de grands discours. Dans un excellent anglais, elle remercie tout le monde, souhaite le meilleur à Halep et cite un à un les sponsors («Lonnegine, Pigeote, Bi-N-Pi Paribasse»).

La Roumaine Simona Halep est la grande battue du jour. Elle a mené 6-4 3-0 avant de voir sa jeune adversaire revenir dans la partie. Le premier set est serré (6-4, deux breaks de chaque côté lorsque Ostapenko sert à 4-5) mais expédié en 36 minutes. Ça va vite parce que Jelena Ostapenko frappe comme elle le fait depuis le début du tournoi. La surprise de Roland-Garros a tapé 245 coups gagnants pour se hisser en finale.

Un tennis irrationnel

Dans un bon jour, son tennis irrationnel peut déstabiliser la numéro trois mondiale, qui a tout à perdre dans l’histoire: son premier titre majeur (elle a perdu ici même en finale en 2014), la gloire (la Roumanie attend depuis 1978 que quelqu’un succède à Virginia Ruzici) et la première place mondiale, abandonnée très tôt par Angelique Kerber. Bref, en l’absence de Serena Williams et de Maria Sharapova, c’est la chance de sa vie. Et souvent, cela paralyse.

Problème: Ostapenko n’est pas véritablement dans un bon jour. Du moins dans le premier set. La jeune Lettone concède 23 fautes directes pour un maigre butin de 29 coups gagnants, Halep fait mieux (33 coups gagnants) avec moins de dégâts collatéraux (2 fautes directes).

Le public se déchaîne

Une fois n’est pas coutume, le public tourne avant le match. S’il prend fait et cause pour la jeune Ostapenko dans le deuxième set, c’est d’abord pour que le match dure un peu plus longtemps. Ainsi portée, la Lettone revient de 0-3 à 4-3. Elle électrise la foule mais saborde son jeu de service suivant. Tout est à refaire. Elle s’y emploie immédiatement: jeu blanc sur le service de Halep (4-4). Elle gagne enfin sa mise en jeu et égalise derrière (6-4).

Le court central entre alors dans un état d’excitation rarement vu pour du tennis féminin. A chaque changement de côté, les supporters des deux camps rivalisent d’enthousiasme. Simona Halep est une fois encore la première à réussir le break, qu’elle confirme derrière (3-1). Ce sera son dernier jeu du match. Jelena Ostapenko entre en mode Wawrinka, ne rate plus grand-chose, avec l’aide des lignes s’il le faut. Elle est parfois accrochée, parce qu’elle commet toujours beaucoup de fautes directes et n’a toujours pas de toucher (volées, amorties), mais finit toujours par s’en sortir.

A 3-3 et 30-40 sur son service, Simona Halep comprend que ce ne sera pas pour cette fois. Le revers d’Ostapenko part largement dans le couloir mais il heurte la crête du filet, monte haut et retombe – en se déportant sur la droite – juste à l’intérieur du court côté Halep. Avec un point comme celui-ci, Woody Allen a fait un film, Match Point (2005). L’histoire d’un destin qui bascule.

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