Les contes de fées existent. La présence en finale de l'Open d'Australie de l'Américaine Jennifer Capriati, enfant surdouée du tennis au début des années 90, le prouve. Reprenons depuis le début. En 1989, les Etats-Unis découvrent une championne en herbe hors du commun. La petite Jennifer, 13 ans, bat tous les records de précocité. Elle remporte le tournoi juniors de Roland-Garros et de l'US Open. Son style, qui rappelle celui de Chris Evert, fait rêver les puristes.

L'année suivante, elle poursuit son étonnante ascension. Elle brûle les étapes avec une facilité déconcertante. À 14 ans, elle devient la plus jeune demi-finaliste de Roland-Garros, mais finit par s'incliner contre Monica Seles. Un mois plus tard, «Jenni», plus brillante que jamais, joue les insolentes sur le gazon de Wimbledon et se permet d'éliminer la reine des lieux, Martina Navratilova, avant d'échouer en demi-finale contre Gabriela Sabatini. En septembre de la même année, dans le brouhaha de Flushing Meadows, la même Jennifer Capriati est à deux points de la finale de l'US Open. Dans le troisième set, décisif, elle mène 6 jeux à 5, 30-15 sur son service, contre la numéro deux mondiale, Monica Seles. L'exploit restera inachevé. Monica finira par s'imposer. En 1992, à l'âge de 16 ans, l'Américaine remporte la médaille d'or des Jeux olympiques de Barcelone en dominant la numéro un mondiale Steffi Graf.

Pourtant, même les belles histoires connaissent des ratés. En août 1993, alors qu'elle est entrée dans le cercle très fermé des 10 meilleures joueuses mondiales, Jennifer disjoncte. Elle fume des joints avec ses copains et vole dans les grands magasins. Signe de malaise pour une fille qui quelques mois plus tôt a signé un contrat de 9 millions de dollars avec Diadora et la marque de raquette Prince. Jennifer vit une profonde crise d'adolescence. Personne, pas même son père, pourtant si important dans sa vie, ne peut l'empêcher de sombrer. Après une élimination sans gloire au premier tour de l'US Open en septembre 93, Jennifer se retire de la compétition. Délinquance, boulimie et dépression, la dérive est longue. Elle dure trois ans.

En 1996, Jennifer Capriati revient à la compétition. Le miracle n'a pas lieu. Elle perd au 1er tour de Roland-Garros et donne l'impression de ne plus savoir jouer. Mais l'Américaine, alors âgée de 20 ans, est devenue adulte. Ses contre-performances ne l'inquiètent plus. Elle croit en sa capacité à rebondir. Elle travaille. Dur, très dur, pour perdre ses kilos superflus et retrouver le rythme de la compétition. Son talent étant resté intact, Jennifer renaît! Classée au-delà du centième rang mondial à la fin de l'année 1998, elle termine l'année 2000 au… 14e rang! Jusqu'où ira-t-elle?

A Melbourne, personne n'a la réponse. Pas même l'Américaine Lindsay Davenport, numéro deux mondiale, battue en deux petits sets par Jennifer. La tenante du titre ne paraissait même pas affectée par sa défaite: «Jennifer a très bien joué, elle avait davantage de volonté que moi, je suis contente pour elle. Quand on sait par où elle a passé, on ne peut que se réjouir de la voir en finale d'un tournoi du Grand Chelem.»

De son côté, Martina Hingis n'a plus l'âge d'aimer les contes de fées. Elle est ici pour gagner l'épreuve et mettre fin à deux ans de frustration dans les tournois du Grand Chelem. «Miss Swiss», comme on l'appelle dans la presse australienne, vient de passer avec succès et mention les difficiles examens proposés par les deux sœurs Williams. Sans jamais donner l'impression de ressentir une quelconque fatigue après les efforts déployés contre Serena, Martina Hingis a réglé le compte de Venus en deux sets (6-1, 6-1), maîtrisés avec panache et intelligence. Cette demi-finale de prestige entre la numéro un mondiale et l'une de ses plus grandes rivales, double vainqueur du tournoi de Wimbledon et de l'US Open, n'a pas donné lieu à l'affrontement espéré. «Martina Hingis était tout simplement trop forte», dira à la fin de la rencontre Heinz Gunthardt, l'ancien coach de Steffi Graf. «Venus, à court de compétition, n'avait pas les armes, ni techniques, ni physiques, pour faire douter Martina», enchaînait-il.

Martina Hingis disputera samedi sa cinquième finale consécutive à Melbourne. Elle en a gagné trois, mais a échoué l'an dernier face à Lindsay Davenport. Frustrée par deux ans de disette dans les tournois du grand Chelem, la numéro un mondiale est prête pour un quatrième sacre australien. «Contre Serena, au premier set, j'ai joué le meilleur tennis de ma vie. Contre Vénus, j'ai pu placer la balle où je voulais, je l'ai beaucoup fait bouger. En plus, j'ai passé 78% de premières, je suis très contente de mon niveau de jeu. Mais je jouerai contre Jennifer avec respect. Son tennis ressemble au mien. Face à elle, j'ai l'impression de jouer contre un miroir.»

La Suissesse ne semble ne rien devoir craindre. Elle a joué cinq fois contre Jennifer Capriati et n'a jamais perdu. La série devrait donc se poursuivre. Mais ne jouons pas les prophètes, car en tennis comme en amour, il ne faut jurer de rien…

* Envoyé spécial de la TSR.