Natation

Jérémy Desplanches, l’or au bout du bassin

Champion d’Europe du 200 m 4 nages, le Genevois offre à la Suisse un premier titre depuis Flavia Rigamonti en 2008

Mardi 7 août, Jérémy Desplanches a fêté son 24e anniversaire, la tête encore un peu à son exploit de la veille, sans doute aussi déjà tourné vers sa prochaine course, le 400 m 4 nages jeudi. Ainsi va la vie d’un nageur de haut niveau, qui baigne dans le présent mais se plonge tout de suite dans le futur.

Devant leur télé ou au bord des piscines, le public et les médias suisses ont, eux, le loisir de s’arrêter à l’envie sur cette date du 6 août, qui met donc fin à dix ans d’attente. Champion d’Europe du 200 m 4 nages, Jérémy Desplanches est le premier suisse médaillé depuis le Zurichois Flori Lang à Eindhoven en 2008 et la première médaille d’or depuis la Tessinoise Flavia Rigamonti (2008 également).

La télévision française eut tôt fait de récupérer le héros du jour, coiffé de la casquette de «plus Français des Suisses» (dixit Nelson Monfort), au prétexte qu’il vit et s’entraîne depuis quatre ans à Nice auprès de l’entraîneur Fabrice Pellerin (ancien coach des champions olympiques Yannick Agniel et Camille Muffat) et de son amie Charlotte Bonnet, qui s’empara du titre sur 200 m nage libre dans la course précédant sa finale.

Des Vernets à Nice

Jérémy Desplanches est un pur produit des bassins genevois de Carouge, Lancy, les Vernets. Il en connaît toutes les catelles. Ici, le scolaire qui remportait le Challenge natation de la Tribune de Genève est devenu l’un des meilleurs nageurs de Suisse. Mais c’est bien à Nice qu’il est devenu un athlète capable de monter sur un podium international. «A Nice, les conditions d’entraînement sont plus professionnelles et plus individualisées, expliquait-il en avril dernier sur le site de Team Genève. Les nageurs ont les clés du bassin et peuvent s’y rendre quand ils le souhaitent. Nous ne sommes pas affectés par les vacances ou les jours fériés, et pouvons donc nous entraîner beaucoup plus souvent, de manière plus régulière. [Mais] le fait de ne plus m’entraîner là où j’ai grandi m’a [aussi] permis de changer de niveau. Cela m’a vraiment aidé dans ma progression et m’a fait gagner en maturité. Etre tout seul, arriver dans un endroit où les gens étaient meilleurs que moi alors que je venais tout juste d’être couronné champion suisse, repartir plus bas dans l’échelle de réussite m’a vraiment fait du bien. Cela m’a remis la tête sur les épaules.»

Comme elle est bien faite (il a terminé son diplôme dans une école privée de management et communication, en parallèle à ses sept à huit heures quotidiennes consacrées à la natation), les résultats ont rapidement suivi. Et son ambition n’a fait que grandir au même rythme que ses progrès. «Au départ, je pensais que j’aurais tout accompli en participant simplement à des Jeux olympiques», a-t-il confié lundi à l’agence ATS. Ce fut le cas en 2016 à Rio, mais il comprit assez vite que sa demi-finale n’était pas une finalité. Il s’engagea alors dans un nouveau cycle de quatre ans, avec pour but les JO de Tokyo en 2020, et se tatoua les cinq anneaux olympiques sur l’intérieur du bras droit (du côté où il respire en crawl), pour se donner du courage dans les moments difficiles.

Décathlonien de la natation

Les spécialistes des 200 m et 400 m 4 nages sont les décathloniens de la natation. Ils doivent être bons partout et travailler à gommer leurs points faibles. C’est le dos pour Desplanches, ce qui ne manque pas de saveur. Ce garçon posé et intelligent brille en revanche par son sens tactique, que Fabrice Pellerin a tenu à affiner en l’obligeant à prendre part à beaucoup d’épreuves. Une compétition ne ressemble jamais à un entraînement. Troisième temps seulement des demi-finales, il a su parfaitement mener sa course pour s’imposer avec une avance confortable.

Finaliste l’an dernier aux Championnats du monde de Budapest (huitième place), Jérémy Desplanches ne visait qu’une médaille («peu importe la couleur») cet été à Glasgow. Le voici champion d’Europe. De quoi se replonger dans le futur et peut-être revoir à la hausse son objectif d’une place «dans les cinq» dans deux ans aux Jeux olympiques.

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