«Voilà plus de deux mois que je suis au bout du rouleau. J'ai arrêté le dopage depuis un bon moment et je me suis vite rendu compte que rien n'avait changé autour de moi. (...) C'est vrai, je n'ai pas saisi l'importance de mes aveux. Mais j'en ai tellement marre. Je voulais être sincère.» Jérôme Chiotti a tout balancé. Il a vidé son sac devenu trop lourd à porter. Ces propos recueillis dimanche par L'Equipe, en marge de la première manche du championnat de France de cross-country, trahissent le désespoir. Celui de l'isolement du repenti.

Samedi, lorsque le même journal avait repris ses déclarations faites à Vélo vert, un magazine spécialisé de VTT, le champion du monde de Cairns (Australie) en 1996 n'imaginait pas l'ampleur de la tourmente dans laquelle il avait plongé. «J'ai été champion du monde, parce que je prenais de l'EPO (érythropoïétine),» avait-il expliqué. Puis, en reconnaissant que la tentation du dopage est permanente, l'ancien coureur de Festina (de 96 à 98) s'interrogeait: «Pour l'instant, je tiens bon, mais jusqu'à quand? J'ai signé un contrat de deux ans, mais je sais que si je ne vais pas aux Jeux olympiques, ça va mal se passer avec Giant, mon employeur.»

Dimanche, le coureur français dont l'entraîneur, Antoine Vayer est aussi celui de Christophe Bassons, n'est pas revenu en arrière. Au contraire. Lors d'une seconde confession, il est même allé plus loin, avouant s'être «arrangé» pour décrocher le titre de champion de France 99 avec Miguel Martinez, un de ses adversaires pour environ 20 000 francs suisses. A l'évidence, Jérôme Chiotti n'a pas agi sur un coup de tête.

Si parmi les coureurs de la discipline, les aveux de Jérôme Chiotti n'ont pas surpris beaucoup de monde, cela ne semble pas être le cas dans les sphères dirigeantes. Notamment à la Fédération française de cyclisme (FFC), dont le président Daniel Baal a pendant des années vanté la «propreté» du VTT et du cyclisme sur piste par opposition à la route. Par son entremise, la FFC a d'ailleurs annoncé qu'une procédure disciplinaire serait ouverte dès aujourd'hui. C'est également elle qui sera chargée de prononcer une sanction. Pour mémoire, un coureur peut être suspendu s'il est contrôlé positif ou s'il reconnaît l'utilisation de produit dopant dans un passé de cinq ans.

La rapidité et la fermeté de la réaction de la Fédération semble avoir affecté ce spécialiste du cross-country: «Je pensais que la FFC, fervent défenseur de la lutte antidopage et précurseur du suivi longitudinal contrôlé me soutiendrait. Si l'on doit me sanctionner, j'accuserai.» Puis: «Il est impensable que le responsable du cyclisme en France puisse affirmer qu'il ignorait que je me dopais. (...) Je n'ai jamais fait mystère de mes pratiques. Mais tant qu'on a des médailles ce n'est pas un problème.» Des mots qui renvoient à ses déclarations des championnats du monde Château-d'Œx en 1997, lorsqu'il avait affirmé que l'on ne «devenait pas champion du monde à l'eau claire». Et puis, il y a eu récemment le cas de Fabrice Julien, troisième des championnats de France 99, qui s'était fait épinglé à la fin de l'année à la frontière suisse. Lui aussi était passé aux aveux, ce qui lui a valu trois ans de suspension.

Dimanche, à Guéret, Jérôme Chiotti s'est peut-être présenté pour la dernière fois au départ d'une course. Mais pour montrer sa détermination, il y est resté scotché, puis a enlever son maillot avant de le déposer sur la ligne. Un peu plus tard, alors que la course bat son plein, il apprendra qu'il a été tiré au sort pour le contrôle antidopage.