Niché au sein d'un nœud routier, alimenté par un survol aérien continu et cerné par une lointaine chaîne de bâtiments grisâtres, l'endroit ne titillera pas les pique-niqueurs. C'est dans ce décor qu'est sis ce qui pourrait bientôt devenir l'ultime richesse d'un Servette FC au bord de la faillite: le centre de formation Paul-Annick Weiller, du nom de l'ancien mécène des «grenat». A longueur d'année, 240 jeunes footballeurs de 7 à 20 ans tapent dans le ballon sur les quatre terrains à disposition – dont un en gazon artificiel. Certains pour le pur plaisir, d'autres avec l'ambition de faire de leur sport favori un métier. Et les turbulences traversées par le secteur professionnel du club genevois ne changent rien à l'affaire. «Nous n'y pensons pas, nous n'en parlons pas», explique Drazen Mitrovic, 15 ans, membre de la sélection nationale des «moins de 16 ans». «Ce qui se passe au sommet du club ne nous regarde pas. Nous sommes là pour travailler, progresser et arriver au plus haut niveau.»

Francisco Viñas refuse, lui aussi, de laisser son enthousiasme et ses convictions s'effriter face au chaos. Etabli à Genève depuis cinquante ans, ce septuagénaire espagnol est, à hauteur de 10%, le deuxième plus gros actionnaire du Servette FC derrière Marc Roger. Il affirme n'avoir aucun goût pour les feux de la rampe et ne souhaite pas apporter de commentaire sur le «bordel actuel». Mais lorsqu'on lui parle des jeunes, l'élégant barbu qui a fait carrière dans le domaine de la cravate devient intarissable. Car il est aussi – surtout – président du centre de formation. «Beaucoup de ces gamins ont, de par leur environnement direct, un avenir incertain, dit-il. Mieux vaut prévenir que guérir. Il est de notre responsabilité de nous en occuper.» Et, si possible, d'en faire de talentueux footballeurs.

Pour atteindre ce but, le centre dispose d'un budget annuel de 1,3 million de francs, couvert par l'Association suisse de football (160 000.–), la Ville de Genève (100 000.–), le Sport-Toto et deux banques genevoises. «Olympia Weiller, la veuve de Paul-Annick, nous aide beaucoup, ainsi que notre recruteur Christian Lanza», souligne Francisco Viñas qui, lui, donne «un peu d'argent, des fois». Comme pour financer le camp d'entraînement, du 6 au 12 février prochain à Tenero (TI), dont profiteront une centaine de juniors.

Si les infrastructures du centre sont vétustes et modestes – «Il faudrait 4 millions par année pour avoir un véritable outil de travail», dit Viñas –, cette prometteuse jeunesse bénéficie d'un encadrement hautement qualifié. Une quinzaine d'entraîneurs diplômés distillent une philosophie du crampon harmonisée, dont cinq sont des professionnels engagés à plein temps: Diego Sessolo, en charge de l'équipe de première ligue (M21), Philippe Besset (M18), Sébastien Fournier (M16), Dominique Montangero (M15) et Marco Pascolo, entraîneur des gardiens de but. Fournier et Pascolo, tous deux anciens joueurs du club ainsi que de l'équipe nationale, font naturellement office d'exemples à suivre. «Avant d'être un métier, le foot a toujours constitué un privilège et une passion à mes yeux, déclare Pascolo, en poste depuis dix-huit mois. En transmettant mon expérience, je redonne aux jeunes ce que ce sport m'a apporté. Nous travaillons pour l'élite, mais nous faisons aussi du social. Les cités ne sont pas loin et lorsque les parents bossent, le terrain de foot peut constituer un repère. Nous continuons à bosser par respect pour les gosses et malgré la situation.»

Une situation qui n'entame pas l'optimisme de Francisco Viñas: «Je garde confiance. On verra bien comment et avec qui, mais je resterai à la tête du centre quoi qu'il arrive. Je ne lâcherai pas un centimètre de terrain, je cherche des partenaires et je prépare un bouclier contre tous ceux qui rêvent déjà de construire un grand Servette en 1re ligue à coups de chéquier. L'exemple à suivre, c'est ce qu'a fait Philippe Guignard à Lausanne, avec honnêteté et compétence.» Afin de se donner les chances de «sortir» de nouveaux Philippe Senderos (Arsenal), Djamel Mesbah (Bâle) ou Fabrizio Zambrella (Brescia), tous issus de la pépinière genevoise. Car pour le Servette FC, il n'y a guère d'autre salut à l'horizon.