La jeunesse conquérante de l’OL

Football Leader de Ligue 1, Lyon séduit avec une équipe composée de jeunes talents locaux

Cette politique a été rendue nécessaire par les investissements du futur grand stade

Long ballon dans la surface de Jordan Ferri, remise de la tête de Clinton Njie, subtile passe piquée de Nabil Fekir et but de Njie. En l’absence d’Alexandre Lacazette, meilleur buteur du Championnat de France, l’Olympique Lyonnais (OL) a longtemps cru réussir l’exploit de battre le Paris Saint-Germain, dimanche soir en clôture de la 24e journée de Ligue 1. D’autant que le gardien Anthony Lopes multiplia les arrêts réflexes, jusqu’à stopper un penalty de Zlatan Ibrahimovic, que l’arbitre donna (à raison) à retirer (1-1).

Ferri, Njie, Fekir, Lopes, Lacazette. Ces cinq joueurs encore peu connus du grand public en début de saison ont en commun d’avoir été formés à l’OL. Ils ne sont pas les seuls. Sur les 33 joueurs de l’effectif professionnel, 22 sont issus du centre de formation le plus performant d’Europe après la célèbre Masia du FC Barcelone. Quinze ont déjà été alignés par l’entraîneur Hubert Fournier, ce qui est un record européen cette saison. Il n’est pas rare de voir huit «Gones» (la version locale du titi parisien) dans le onze de départ.

Septuple champion de France au début des années 2000, l’OL s’était résolu à connaître sept ans (au moins) de vaches maigres, le temps pour le président Jean-Michel Aulas de financer et de construire à Décines le nouveau stade qui permettra au club de générer de nouvelles recettes les jours de match. En attendant, l’inauguration du «centre de profits» (selon la terminologie des bilans financiers des clubs anglais), Jean-Michel Aulas éponge les déficits (135 millions d’euros cumulés sur les cinq dernières saisons) en remplaçant les gros salaires (Lloris, Toulalan, Pjanic) par des contrats première embauche. A charge pour l’entraîneur de faire du mieux possible avec les moyens du bord.

«Et voilà que l’équipe du président Aulas nous apporte tout à coup un joli vent de fraîcheur, chamboulant la triste logique d’épicier qui étouffait le championnat», écrit joyeusement Philippe Delerme dans sa chronique du Monde . Car, avec ses jeunes (24 ans de moyenne), Lyon gagne.

Mieux, Lyon joue bien et séduit, plus encore que du temps de sa domination. Cette équipe, qui n’avait jamais su créer autour d’elle un élan de sympathie comparable à celui des Verts de Saint-Etienne, est désormais applaudie sur tous les terrains de France. «L’origine des joueurs n’est pas seule en cause, reprend Delerme. Il y a la manière. Un football offensif et un style fin, élégant, inventif.»

Nabil Fekir et Alexandre Lacazette perpétuent la tradition des joueurs lyonnais petits et vifs, comme Fleury Di Nallo et Serge Chiesa dans les années 1970, Florian Maurice et Ludovic Giuly dans les années 1980. Lyon a toujours été un club formateur, mais il usinait des footballeurs plutôt pour les autres. Parmi les plus connus en activité, Loïc Rémy joue à Chelsea, Karim Benzema au Real Madrid, Frédéric Kanouté à Séville et Hatem ben Arfa se cherche un club.

Après leur carrière, les joueurs reviennent souvent au bercail et deviennent formateurs. Sidney Govou entraîne les M14 et l’ancien défenseur Hubert Fournier a succédé à l’ex-milieu Rémi Garde à la tête de l’équipe première.

Au sein de l’effectif, la présence de Yoann Gourcuff, un record de transfert qui a viré à l’accident industriel, rappelle les erreurs du passé, quand l’Olympique Lyonnais dépensait beaucoup, était détesté tout autant et ne gagnait rien. Dans Le Monde , Jean-Michel Aulas a rejeté la responsabilité de cette époque pas si lointaine sur son ancien entraîneur, Claude Puel. «Il souhaitait recruter des stars ou des joueurs dont la notoriété et le bagage technique étaient importants.» Aujourd’hui, Aulas et Puel sont en procès. Yoann Gourcuff ne joue plus qu’épisodiquement entre deux blessures à l’aine ou à l’âme, sans que cela n’inquiète outre mesure entre Rhône et Saône.

Jimmy Briand, lui, est parti. Cet ancien attaquant international formé à Rennes a été poussé sur le banc, puis sur le départ, par la nouvelle vague des jeunes du cru. Il voit dans leur présence massive l’une des clés de leur réussite. «Ils se connaissent depuis longtemps et ont des automatismes. Plus ils sont nombreux sur le terrain et mieux ils se trouvent.»

Quelques joueurs d’expérience restent tout de même pour les encadrer, tel le Camerounais Henri Bedimo. «Des bons jeunes, il y en a dans tous les clubs», explique ce défenseur posé et réfléchi, champion de France avec Montpellier. «Mais des jeunes à l’écoute, qui ont envie de progresser, c’est plus rare.» Lyon recrute essentiellement dans la région Rhône-Alpes. Une sorte d’élevage au sol (la Bresse n’est pas loin) qui tolère quelques exceptions, notamment du côté de Genève. Depuis le prêt cet hiver à Servette du gardien Jérémy Frick, le jeune attaquant Kilian Pagliuca (18 ans) est le seul Suisse de l’OL. S’il ne s’entraîne pas encore avec les pros, Kilian les côtoie tous les jours au centre d’entraînement de Tola-Vologe. «Aucun ne se prend pour une star, observe-t-il. Un grand joueur comme Lacazette pourrait très bien ne pas me «calculer»; au contraire il m’encourage et me donne souvent des conseils.»

Cette proximité et cette familiarité facilitent l’identification et la motivation des jeunes, qui ont envie de jouer à l’OL et qui savent que c’est possible. A Décines, le centre de formation jouxtera le stade. Il accueillera 29 pensionnaires qui logeront à portée de regard de leur rêve.

«Et voilà que l’équipe du président Aulas nous apportetout à coup un joli vent de fraîcheur»