Il n’est plus question cette fois de boycott, il n’y a plus de guerre froide, de monde rangé en deux camps, plus d’empires qui s’effilochent ou de régimes autoritaires qui s’arc-boutent. Et pourtant, les Jeux d’été de Tokyo peuvent prétendre, à la veille de la cérémonie d’ouverture, au titre de Jeux les plus contestés de l’histoire moderne de l’olympisme, une catégorie pourtant marquée par une forte concurrence.

Tokyo 2020 doit cette position peu enviable à un virus, un mot que l’on croyait réservé à nos ordinateurs mais qui, depuis dix-huit mois, a mis à terre nos sociétés, semé la ruine et la division en même temps qu’il nous plongeait dans un monde inconnu. A défaut d’être l’habituel phare qu’ils prétendent incarner, les Jeux se sont vite recyclés en lumière au bout du tunnel. Il fallait que Tokyo 2020 ait lieu.

Efforts et sacrifices

Ce sera le cas, avec un an de décalage, au prix d’efforts financiers (ne pas le renommer «Tokyo 2021» a permis quelques économies) et de sacrifices considérables. Pour sauver ce qui pouvait l’être, le Comité international olympique (CIO) et le gouvernement japonais ont rogné sur tout ce qui faisait le charme, la grandeur et la raison d’être des Jeux olympiques. Pas de spectateurs venus de l’étranger, très peu de spectateurs japonais, le moins d’échanges possible entre les athlètes venus du monde entier et la population locale, le moins de vie possible au Village olympique.

Sur les Jeux maudits:

Le problème n’est pas tant que les Jeux aient lieu ou pas. Le problème est que la question ne s’est jamais vraiment posée. «L’annulation n’était pas une option», a reconnu Thomas Bach, le président du CIO, mardi. Il existe pourtant des précédents (Berlin 1916, Tokyo 1940 déjà) mais, depuis, les JO sont devenus une trop grosse machine financière pour être stoppés. Il n’y a pas de mal à cela, au contraire: la solidarité olympique permet de reverser 90% des revenus des Jeux aux comités olympiques nationaux, ce qui subventionne et souvent maintient en vie le sport dans quantité de pays du monde. Des fédérations, même internationales, n’auraient pas survécu à une annulation.

Précautions

Ne pouvant le dire ainsi, et sentant l’hostilité de la population japonaise, les organisateurs ont redoublé de précautions, quitte à faire des Jeux ce qu’ils se sont toujours défendus d’être: une concentration de Championnats du monde organisés pour les télévisions. «La magie opérera», promet Thomas Bach, persuadé que ces circonstances uniques sublimeront l’événement. Signe de son incapacité à se situer autrement que par des mots, le CIO vient de modifier sa devise, ajoutant un très inclusif «Ensemble» à la suite du trop compétitif «Plus vite, plus haut, plus fort».

L’idéal olympique, ce sont ces délégations qui entrent d’un pas presque martial, chacune derrière son drapeau, lors de la cérémonie d’ouverture, et qui ressortent bras dessus, bras dessous, en ayant bien fraternisé, et même parfois un peu plus, lors de la cérémonie de clôture. On peut toujours y croire pour le 8 août, mais c’est bien mal parti.