A priori, le trou budgétaire de Turin 2006 représente un souci majeur. Sans minimiser le problème, on remarque toutefois que l'histoire des JO modernes, depuis leur rénovation en 1896, est jalonnée de bisbilles pré-olympiques – politiques, financières ou structurelles – qui ont, comme par miracle, débouché in extremis sur des solutions.

L'exemple le plus proche de celui de Turin ne remonte pas bien loin: à Salt Lake City 2002. Là aussi, deux ans avant la cérémonie d'ouverture, les organisateurs devaient encore réunir 200 millions de dollars sur le budget global. Ce qui fut fait via le parrainage privé, le peuple de l'Utah ayant levé son bouclier devant un projet de taxe.

La candidature de Salt Lake aura été également marquée par les affaires de corruption qui ébranlèrent tant les responsables locaux que l'ensemble du CIO. A la clé, exclusions de membres de l'instance olympienne, blâmes et compagnie. Personne ne songea cependant à retirer les Jeux à la cité mormone. Laquelle les assuma avec brio.

Mais renversons le sablier et remontons à 1896. Pour constater qu'à Athènes (déjà!), la reconstruction du stade panathénaïque, centre des Jeux, avait dû être menée au pas de charge, parce que le décret royal permettant de collecter les fonds nécessaires ne fut signé qu'une année auparavant. Finalement non achevés, les travaux avaient été simplement suspendus pendant la durée des JO, puis poursuivis jusqu'en 1906. Détail croquignolet à une époque où l'on ne parlait guère de sécurité, les malfrats athéniens se joignirent à l'effort olympique en s'abstenant de tout vol lors des Jeux…

La question politique, elle, fit son apparition en 1936, aux JO de Berlin sur fond de national-socialisme. En Suisse, joutes parlementaires houleuses, pressions nazies et incidents diplomatiques émaillèrent le débat, retracé par l'historien Christian Favre *. En fin de compte, l'Helvétie décida d'envoyer ses athlètes dans la capitale allemande.

Autre querelle politique, avant Sydney 2000, quand le gouvernement australien votera une loi spéciale afin de faire appel à l'armée en cas de «violence interne». Une mesure qualifiée de liberticide et destinée à contrer les manifestations envisagées par les Aborigènes. Ces derniers inventeront la parade: «camper» dans un parc de la ville et faire valoir leurs doléances de façon très pacifique.

Des cas supplémentaires? Ils sont légion. On se bornera à en rappeler trois. D'abord, la controverse autour du choix de Mexico 1968, en raison de l'altitude de la mégapole (2300 m), d'où 30% d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer; un bonheur pour les sprinters, un désastre pour les coureurs de fond. Ensuite, l'élection critiquée d'Atlanta 1996 en vue des Jeux du centenaire, à la place d'Athènes que tout le monde attendait. Enfin, la concrétisation à l'arraché du projet Athènes 2004, après moult retards considérés à tort comme rédhibitoires.

Au bilan, rien, pas même les boycotts enregistrés à Moscou 1980 et Los Angeles 1984, n'aura empêché la tenue des Jeux. Rien, sauf les deux guerres mondiales.

* La Suisse face aux Jeux olympiques de Berlin 1936 de Christian Favre, 2004, éd. Université de Fribourg, collection «Aux sources du temps présent».