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Les sportifs russes pourront quand même participer sous la bannière olympique, mais seulement s’ils ont parfaitement et totalement répondu aux règles de l’antidopage.
© Matthew Stockman/Getty Images

Olympisme

Jeux olympiques: la Russie suspendue, pas ses athlètes

Suivant les recommandations de Samuel Schmid, le CIO exclut la Russie des prochains Jeux olympiques d’hiver, en février 2018 à Pyeongchang. Les athlètes russes «propres» pourront participer sous la bannière olympique

Trop, c’est trop. Confronté à «la plus grave attaque contre la Charte olympique de son histoire», selon le mot de son président Thomas Bach, le Comité international olympique (CIO) a suspendu le Comité national olympique (CNO) de la Russie avec effet immédiat. Il n’y aura pas de présence russe officielle aux prochains Jeux olympiques de Pyeongchang. Pas de drapeau, pas d’officiels accrédités et pas d’hymne en cas de victoire. Les sportifs russes pourront quand même participer sous la bannière olympique, mais seulement s’ils ont parfaitement et totalement répondu aux règles de l’antidopage.

Le ministre des Sports russes, Vitaly Mutko, et son vice-ministre, Youri Nagornyk, sont exclus à vie de toute activité olympique. Le président du CNO russe Alexandre Joukov est lui suspendu de sa fonction de membre du CIO. Le CNO russe est en outre condamné à rembourser les 15 millions de dollars de frais d’enquête.

C’est «le verdict équitable» auquel est parvenu le CIO au terme d’une très longue journée de discussions à huis clos dans les locaux provisoires de Pully. «En tant qu’ancien athlète, je suis désolé pour les athlètes lésés par ces cas de tricherie», a tenu à ajouter Thomas Bach. «Nous ferons de notre mieux à Pyeongchang pour réattribuer les médailles avec le maximum de faste possible, pour essayer de compenser les moments volés.»

Un «axe du mal»

Ces dernières semaines, la Russie a joué un inutile va-tout, criant au complot et au règlement de comptes. Début novembre, Vladimir Poutine a prétendu que les accusations de dopage étaient orchestrées par les Etats-Unis pour nuire à sa réélection en mars 2018. Son vice-premier ministre, Vitaly Mutko, a affirmé que les preuves étaient une fabrication de l’Occident, dans une vaste machination visant à présenter la Russie «comme un axe du mal […] parce que nous sommes une grande puissance sportive».

La Russie n’a bénéficié que de rares soutiens, ceux notamment des présidents des Fédérations internationales de hockey sur glace (le Fribourgeois René Fasel) ou de bobsleigh (malgré la disqualification pour dopage de quatre équipages russes). Mardi, une délégation conduite par Alexandre Joukov est venue plaider la cause russe devant les membres de la commission exécutive. Le dossier à charge était cette fois bien trop lourd.

Au départ, le courage d’une femme

Cette histoire digne des meilleurs épisodes de la Guerre froide débute en décembre 2014 lorsque l’athlète Yulia Stepanova et son mari, un ancien membre de la lutte antidopage russe, dénoncent un système de dopage organisé à la chaîne de télévision allemande ARD. Le CIO ne bronche pas, mais l’Agence mondiale antidopage (AMA) sursaute et ouvre une commission d’enquête présidée par le Canadien Richard McLaren. Un an plus tard à Genève, le 8 décembre 2015, le rapport McLaren est présenté à la presse. Ce n’est qu’une première version, mais elle est déjà accablante pour la Russie.

L’un des principaux accusés de ce rapport, l’ancien directeur du laboratoire de Moscou Grigory Rodchenkov, passe à son tour aux aveux en mai 2016 dans le New York Times. Les Jeux d’hiver de Sotchi en 2014 ont été, affirme-t-il, l’objet d’une vaste tricherie impliquant tous les niveaux de pouvoir et une quinzaine de médaillés olympiques. Malgré cela, et malgré les scandales qui éclaboussent à la même époque l’athlétisme, le CIO se refuse en juillet 2016 à actionner «l’option nucléaire» et à exclure la Russie des Jeux d’été de Rio. Il laisse à chaque Fédération internationale le soin de juger au cas par cas.

70% des athlètes russes admis

Thomas Bach, qui craint qu’une exclusion générale ne soit attaquée collectivement devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne, préfère libérer des coupables que condamner des innocents. Au final, 271 athlètes russes sont admis sur les 389 prévus, soit 70%. Ils remportent un total de 57 médailles (19 en or).

En décembre 2016, à la publication de la version finale du rapport Mclaren, le CIO confie deux commissions d’enquête à deux personnalités suisses. L’ancien président de la Fédération internationale des sociétés d’aviron Denis Oswald est chargé d’étudier les cas individuels de dopage mentionnés dans le rapport, tandis que l’ancien conseiller fédéral Samuel Schmid doit se pencher sur le fond du dossier, c’est-à-dire l’existence ou non d’un système organisé de triche à grande échelle.

Vers un boycott russe?

Si l’histoire continue de s’écrire au rythme d’un nouveau chapitre en fin d’année, le ton change brutalement en novembre dernier lorsque l’AMA dit détenir une nouvelle base de données, plus large encore. Thomas Bach, qui jugeait jusque-là que le CIO n’était visé qu’«indirectement», oublie sa rondeur habituelle pour se laisser aller à une charge peu diplomatique contre Moscou.

«Cette fois, le CIO est directement touché car il s’agit de manipulation[s] d’échantillons aux Jeux de Sotchi. Si [elles] sont prouvées, c’est une attaque directe à l’intégrité des Jeux et du CIO.» Dans la foulée, l’AMA maintenait la suspension de l’Agence antidopage russe et la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) confirmait la suspension de la fédération russe.

Parallèlement, la commission Oswald fait tomber les dopés russes de Sotchi depuis un mois au rythme soutenu d’un par jour: 25 sportifs suspendus, dont 11 médaillés (4 en or). La Russie a déjà perdu le tiers de son butin olympique. Et ne le fera pas croître en février prochain. Vladimir Poutine devrait s’exprimer mercredi sur cette décision dans une allocution télévisée au peuple russe. Il n’est pas exclu qu’il annonce un boycott pur et simple des Jeux d’hiver de Pyeongchang.

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